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Vincent Carel

Péroraisons dérisoires et vilenies absurdes d'un butor prétentieux

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Où je clame mon ralliement à Nicolas Sarkozy

Par Vincent Carel :: mercredi 16 mai 2007 à 20:48 :: Vociferations incoherentes

Résistons à la Bête sarkozyste qui monte qui monte ! Moi la bête qui monte qu monte ça me faisait rigoler quand j’étais petit, ça faisait guili-guili et c’était bien agréable. Et ça me fait toujours rigoler, différemment. Mais quel est donc le motif de mon rire incongru voire collaborationniste ?

 

Je rigole, non de Sarkozy parce qu’il est président de la République et qu’il est très mal de rigoler du président, non je rigole des résistants à la Bête immonde. Parce que Sarko est un facho, on peut même dire un nazi, aucune importance : quand on est de gauche, en France, en 2007, ce qui compte c’est de brailler le plus fort possible et pas d’argumenter, encore moins de réfléchir aux solutions à apporter aux problèmes du pays, à plus forte raison aux moyens de mettre en œuvre les politiques les plus utiles à cette fin. Ainsi donc, vu que nous sommes présentement de gauche, nous vitupérerons véhémentement le facho et le nazi, en plus libéral et américain : la preuve qu’il est, le Sarkozy, un facho et un nazi ! Et nous vociférerons « Résistance » ou plutôt « Resistencia » parce que ça fait républicain espagnol.

 

Et nous n’omettrons pas de nous offusquer très fort de l’obligation imposée par la Bête qui monte qui monte aux lycéens de France de lire à chaque rentrée la lettre écrite par Guy Mocquet à ses parents avant son exécution pour fait de résistance à l’occupation allemande et à la collaboration vychiste. Nous nous offusquerons parce que c’est très mal de récupérer l’héritage d’un résistant communiste quand on est un méchant fasciste : il nous appartient à nous autres de la gauche, de la vraie gauche, la gauche de gauche qui veut récupérer les richesses volées par les capitalistes pour que tout le monde soit heureux avec tout plein de sous tout en engageant la France sur le chemin de la décroissance économique (ceux qui disent « incohérence démagogique » ne sont que des fascistes sarkozystes pétainistes pas beaux) ; il nous appartient, à nous autres de la vraie gauche l’héritage de la Résistance nationale au fascisme –en fait pas « nationale » parce que « nationale » est un mot pas beau fasciste sarkozyste pétainiste. On ne les lâchera pas à l’ennemi nos Résistants.

 

D’autant qu’il ne faudrait pas que des vilaines personnes mal intentionnées en viennent à rappeler le pacifisme obstiné de la gauche communiste (staliniste comme trotskiste) tout au long de la très résistible ascension du Führer. La Paix ! La Paix ! La Paix ! Voilà bien la seule politique que les communistes défendirent à chaque étape de la montée en puissance du régime nazi. Les nazis interdisent le Pari communiste et internent à tour de bras communistes et sociaux-démocrates : la Paix ! Ils augmentent massivement le budget militaire : la Paix ! Ils votent des lois anti-juives et organisent un pogrom contre les Juifs : la Paix ! Ils mettent sur pied une politique eugénique de liquidation des handicapés mentaux : la Paix ! Ils remilitarisent la Rhénanie où toute présence de l’armée allemande avait été proscrite par le Traité de Versailles à l’issue de la Première Guerre mondiale : la Paix ! Ils annexent la République d’Autriche au Troisième Reich : la Paix ! Ils démembrent la Tchécoslovaquie et annexent un quart de son territoire : la Paix ! Ils signent avec l’URSS un pacte de non-agression et de partage de l’Europe : la Paix ! Ils envahissent la Pologne et massacrent par dizaines de milliers Polonais et Juifs : la Paix ! La France leur déclare la guerre mais s’enfonce dans une « drôle de guerre » : la Paix ! Les nazis envahissent la France : la Paix ! L’armée française s’effondre devant la blitzkrieg, la nation s’abolit : la Paix ! La Paix ! la Paix ! la Paix ! N’empêche : les résistants nous appartiennent à nous la gauche de gauche, qui n’est bien sûr plus communiste.

 

Certes il fut quelques résistants pas communistes mais ça n’a pas d’importance. La réalité historique, comme la réalité sociale, nous autres qui disposons de la vraie vérité anti-libérale anti-fasciste anti-nationaliste anti- anti- anti-, nous autres on s’en fout. On s’en fout parce que « la France éternelle » c’est un truc de facho : et voilà. Les résistants de « la France éternelle » étaient aussi nombreux que les communistes : on s’en tape, c’étaient des fachos. Les communistes en question étaient stalinistes et pas trotskistes : c’est vrai et c’est pour ça que les de « la France éternelle » n’étaient pas des résistants, qu’ils n’ont jamais existé. C’est Nous les Résistants ! Nous la vraie gauche, la seule gauche ; nous qui ne sommes plus trotskistes, nous qui sommes les boy scouts de l’extrême gauche. Nous qui vociférons, gesticulons, excommunions sans cesse pour mieux dissimuler l’hydre sanglante que nous adorons, adorions, adorerons quoi qu’il arrive, arriva, arrivera. (Nous qui sommes les héritiers de ceux qui ont refusé de s’engager dans la résistance nationale à l’occupation allemande et à la collaboration vychiste.)

 

« Le fascisme ne passera pas », tout simplement parce que Sarkozy n’est pas un fasciste mais un démocrate partisan d’une libéralisation de l’économie et d’une politique conservatrice en matière de mœurs. Résistons !

 

Résistons à la démagogie des anti-libéraux et des communistes, lesquels sont bien plus dangereux pour les libertés publiques qu’une présidence Sarkozy qui sera, au pire, un mauvais moment à passer mais un moment démocratique dont nous pourrons annihiler un jour, que je souhaite le plus proche possible, les effets nocifs.

La République des Conseils et l'économie des besoins, seconde partie

Par Vincent Carel :: samedi 21 avril 2007 à 23:00 :: Vociferations incoherentes

Si on souhaite que l’économie réponde aux besoins et à rien d’autre, alors il faut abolir l’initiative privée et la libre entreprise, dont la raison d’être réside en grande partie dans l’innovation et la proposition de biens et de services inusités. L’ordinateur personnel, il a bien fallu que des types le lancent en prenant le risque de se planter. Je suis né en 1973 et, quand j’étais gamin, on ne ressentait nullement le besoin de disposer d’un ordinateur personnel, parce que ça n’existait pas et qu’on ne souffrait nullement du manque de ce que nous aurions pu faire avec. Ce n’est pas un quelconque besoin tenaillant jusqu’à l’angoisse l’humanité qui a inventé l’ordinateur personnel, c’est l’ordinateur personnel qui a inventé les usages pratiques ou ludiques puis communicationnels qui sont devenus des besoins par la suite. Pour mettre sur le marché un truc pareil, qui coûte cher et qui prend de la place, il fallait des hommes et des structures capables de faire preuve d’iconoclasme, de s’affranchir des idées toutes faites et des évidences acquises, tout le contraire d’un fonctionnaire ou d’un élu. Et c’est bien l’esprit de lucre qui a, au final, permis la naissance de l’ordinateur personnel, la perspective pour l’entreprise, ses dirigeants et ses actionnaires, de gagner de l’argent, appât du gain aiguillonné par la crainte de se faire griller par ses concurrents, qui a conduit IBM à lancer cet animal pratique et frustrant à la fois : seule « l’infinie variété des fantaisies humaines », comme aurait dit le crypto-fasciste Jean Jaurès, telle qu’elle s’exprime dans l’économie capitaliste, pouvait produire pareille innovation. Jamais un collectif démocratique ayant pour objet la satisfaction des besoins ne se serait lancé dans une initiative aussi hasardeuse, tout bonnement parce, ne percevant pas l’utilité à venir de la chose, la majorité aurait refusé un investissement sans intérêt dans une perspective de satisfaction des besoins puisque les besoins que satisfait l’ordinateur personnel n’existaient pas avant son apparition et que rien n’inciterait ce collectif à innover et à prendre des risques.

 

Les collectifs démocratiques en question, ce sont en fait les Conseils que la LCR veut instituer dans les entreprises, lesquels auraient vocation à se substituer aux dirigeants non élus que nous subissons dans le système actuel. J’use de l’expression « collectif démocratique » parce que je suis un gentil garçon. En effet la démocratie présuppose l’égalité des citoyens : pour qu’un collectif soit démocratique encore faut-il que ses membres soient égaux. Or à la LCR on préfère les militants en lutte aux citoyens, ce qui se conçoit tant que la LCR tente d’accéder au pouvoir mais beaucoup moins une fois son système merveilleux mis en place. A partir du moment où la révolution a donné le pouvoir aux conseils salariaux, la question qui surgit en mon esprit crépusculaire porte sur la pertinence de la lutte militante dans l’entreprise : si ces conseils sont investis du pouvoir décisionnel en lieu et place des vilains actionnaires et patrons, à quoi servent donc des militants en lutte puisque ce sont les élus des salariés qui gèrent et décident ? Contre quel pouvoir et quelle autorité luttent donc ces militants ? Si, officiellement, ce sont les salariés qui élisent les administrateurs de l’entreprise il s’agit donc, pour ces militants, de lutter contre les salariés eux-mêmes et non contre des actionnaires dénués de toute puissance et des patrons de tout pouvoir. Autant dire que les militants en lutte sont en fait chargés de contrôler les salariés, de veiller à ce qu’ils n’enfreignent pas les consignes du parti, l’idéologie officielle de la République des Conseils.

 

De toutes les manières, puisque, dans le monde merveilleux de la LCR, l’économie est structurée en fonction de la satisfaction des besoins, les entreprises perdent du coup toute autonomie de gestion et les conseils élus n’ont plus d’utilité autre que l’organisation interne de l’entreprise puisque aucune initiative qui risquerait de ne répondre à aucun besoin immédiat ne leur est permise. En fait, les entreprises ne servent plus à rien dans une économie des besoins, elles sont même néfastes et la logique du système conduit à instaurer des monopoles publics chargés de produire les biens et services dont une autorité centralisée aura décidé de la nécessité. Là encore je ne vois pas à quoi serviront les innombrables conseils proposés par la LCR afin de gérer la collectivité, notamment l’économie. S’il s’agit de répondre à un besoin les conseils seront même dangereux : des salariés investis du pouvoir de décision agiront en fonction de leurs intérêts, pas de celui des usagers, a fortiori s’ils sont en situation de monopole et le système s’effondrera (voir Twist again à Moscou avec le sarkozyste Christian Clavier). Pour que ça soit viable, il s’avère nécessaire qu’une autorité supérieure contraigne les salariés à satisfaire les usagers, d’où l’utilité des « militants en lutte » chargés de veiller à l’exécution des directives de l’autorité centrale. Ces Conseils et ces militants en lutte ne sont que des fumisteries, au bout du compte c’est le parti qui décide.

 

Contrairement à ce que les Guignols de l’Info tendent à faire croire à leurs téléspectateurs, Olivier Besancenot n’est pas un gentil boy-scout mais un communiste, un vrai de vrai, un pur et dur, un tatoué ! Et moi, les communistes purs et durs, ça m'inspire plutôt de la répulsion...

L'économie des besoins et la République des Conseils, première partie

Par Vincent Carel :: jeudi 19 avril 2007 à 23:43 :: Vociferations incoherentes

Besancenot et la LCR sont anti-capitalistes. Pour des gens qui sont communistes, ça semble à peu près logique. De même qu’il est tout à fait logique qu’ils préfèrent se présenter sous le vocable, qui fait toujours bien en France, d’anti-capitaliste plutôt que sous celui de communiste, dans la mesure où, autant celui-là sonne bien, autant celui-ci fait un peu peur quand même, y compris aux honnêtes anti-capitalistes : on n’aime pas le capitalisme mais on n’est pas prêt à renoncer à ses menus avantages. Si on (le « on » désigne les Français de gauche anti-capitalistes) souhaite lutter contre les désagréments (fort nombreux) du système, ne serait-il pas plus utile de penser à réformer la chose au lieu de s’adonner à des chimères sans nom ? J’écris chimères sans nom parce que je ne comprends pas ce que signifie anti-capitalisme et que je suis un peu fasciste.

 

Le capitalisme désigne un système économique, comme c’est le nôtre ça désigne donc l’économie au sein de laquelle nous travaillons, consommons, pensons, fantasmons, rêvassons et vivons. Le capitalisme représente notre économie, celle qui nous fait vivre, bien ou mal ou moyennement. Dans ces conditions, que signifie être anti-capitaliste si ce n’est être anti-économie, ce qui ne veut rien dire j’en conviens. J’entends à travers ce piteux raisonnement sophistique qu’on ne peut pas appeler à l’abolition d’un système économique sans proposer un modèle de rechange, à moins de militer pour un retour à la vie simple et rustique aux travaux ennuyeux et faciles (poétiserait Paul Verlaine) de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs de la préhistoire, lesquels n’avaient pas besoin d’économie. Ainsi, qui veut maintenir notre bien-être et notre confort, qui veut maintenir une civilisation complexe reposant sur la division du travail et l’échange de biens entre des individus qui ne peuvent plus en conséquence vivre de manière autarcique mais se trouvent condamnés à vivre en état de dépendance vis-à-vis des biens et services produits par d’autres –qui veut maintenir tout ce qu’il y a de bon dans notre mode de vie ne peut proposer de liquider l’économie capitaliste, dans le cadre de laquelle s’organise la division du travail et le commerce, sans exposer clairement de quelle manière le travail et le commerce seront structurés, de quelle manière le capital sera investi dans la production des biens et des services, quelle autorité décidera de ces investissements, etc.

 

La démagogie c’est toujours efficace, le double langage aussi. A la LCR on est un peu bushiste. J’exagère et j’abuse ; traiter Besancenot de bushiste ça relève du délire ou de la bêtise à l’état pur tant il est patent que ces deux gars-là s’écharperaient dès leur première rencontre. Et pourtant, et là c’est le sophiste qui parle, à défaut d’être en accord sur le fond, ils le sont en partie sur la forme. L’un des arguments de vente de Bush fils était le conservatisme compatissant, qui consiste à pleurnicher sur les malheurs des pauvres gens, des petites gens qui souffrent tout en ne proposant strictement rien afin de remédier à leurs malheurs ou à leurs souffrances, encore moins afin de s’attaquer aux causes de ces malheurs et de ces souffrances, quand il ne s’agissait pas carrément de défendre voire de renforcer ces causes. Besancenot, ça marche un peu pareil, à base de pleurnicherie sur les victimes diverses et variées de tout et n’importe quoi, de dénonciations grandiloquentes répétés jusqu’à l’envi, etc. ; le tout, bien sûr, en ne proposant rien ou tout et son contraire. Ainsi, pour Besancenot, il n’y a nulle contradiction à congédier le capitalisme d’une main tout en proposant de l’autre un partage des richesses. A vrai dire il n’y a pas de contradiction, puisque la LCR est un mouvement communiste ; il s’agit plutôt d’une manière de manipulation. En effet la grande masse des auditeurs ou des lecteurs de ces propositions tellement généreuses entendent les propositions de partage des richesses comme la redistribution des richesses qui existent actuellement, liées à notre niveau de développement économique au sein du capitalisme, c’est-à-dire qu’elles envisagent ledit partage à l’intérieur du système actuel comme une correction a posteriori des inégalités de revenus consubstantielles au capitalisme. C’est à la richesse de la France capitaliste et développée, insérée dans la mondialisation financière, celle dont les multinationales réalisent l’essentiel de leurs profits à l’étranger et dont les PME se trouvent généralement dans une situation moins reluisante ; c’est à la richesse d’une France dont 44% du capital des grandes entreprises appartiennent à des investisseurs étrangers mais qui est dans le même temps le troisième investisseur mondial ; c’est aux deux mille milliards de dollars de produit intérieur brut générés annuellement par l’économie française que pensent les auditeurs de Besancenot quand ils entendent parler d’un partage des richesses. Or ce n’est pas de cette richesse-là qu’il est question dans la bouche de M. Besancenot puisque quand la LCR règnera sur la France elle en finira avec ce système inique et odieux pour lui substituer un modèle qu’elle se garde bien d’exposer dans ses meetings électoraux ou ses interventions dans les médias. Autrement dit, personne ne peut dire quelles richesses seront redistribuées puisque on ne sait rien de leur projet, si ce n’est qu’il est anti-capitaliste. Où l’on comprend pourquoi Besancenot préfère trimballer sa mine décomposée par l’indignation sur les plateaux télé plutôt que d’exposer clairement la nouvelle économie non capitaliste dont les richesses seront également réparties entre les gens, des fois que ces gens s’imagineraient qu’il s’agit de recréer l’économie dirigée du bon vieux temps de l’URSS avec ce que ça implique pour tout le monde ou presque : pénurie, pauvreté et privation des libertés publiques. La LCR utilise l’ignorance ou la naïveté, le désappointement de populations ballottées par les évolutions de la société et de l’économie, pour vendre sa soupe rancie, comme Bush fils l'a fait en 2000 ; en ce sens ils parlent le même langage, plus exactement ils usent des mêmes trucs de rhétoriques pour endormir les électeurs.

 

Trêve de mauvaise foi ultra-autoritaire ! Il y a bien de vagues propositions émises par le facteur de Neuilly, notamment de substituer au marché une régulation des échanges en fonction des besoins. Mais qui définit ces besoins ? Et qu’est-ce qu’un besoin ? Là encore on patauge en pleine rhétorique, en pleine manipulation. A première vue ça paraît pertinent, organiser l’économie en fonction des besoins, opérer les appendicites de tous plutôt que botoxer les rides de quelques uns. Le problème c’est qu’il est impossible de définir ce qu’est un besoin : s’il est évident qu’opérer le petit enfant tout douloureux de son appendicite relève d’un besoin, rien ne dit que botoxer les rides des dames et des messieurs ne participe pas également d’un besoin. Dans un monde où on ne peut pas gommer les rides nul ne ressent le besoin de ce faire, vu que ça n’existe pas et que c’est impossible : on subit ou plutôt on donne un sens aux manifestations physiques du temps qui passe. Mais quand des traitements efficaces surgissent, la perception des rides change. Bien sûr, au début, ça coûte des sous de se faire botoxer la goule et c’est réservé aux riches capitalistes qui sucent le sang des pauvres victimes innocentes. Mais au fil du temps ça devient moins cher et de plus en plus de gens peuvent se botoxer et gommer les outrages du temps sur leur joli minois vieillissant. Et quand tout le monde ou presque peut se rajeunir la face, ça devient un usage social de se botoxer. A force d’usage social ça finira peut-être par devenir une norme sociale et les gonzesses, voire les gonzes, qui regimberont à se botoxer la margoulette passeront pour des pécores, pour parler poliment. Le botox c’est le fond de teint du vingt-et-unième siècle, à force y recourir deviendra un besoin. Il est donc impossible de décréter une fois pour toutes ce qui relève du besoin car le besoin est conditionné par l’élargissement technologique du champ des possibles (chanterait Bernard Lavilliers), élargissement qui semble actuellement infini, ainsi que par les usages sociaux. D’ailleurs, ce qui vaut pour le botox vaut également pour l’appendicite avec laquelle les hommes ont vécu passivement pendant longtemps ; tant qu’on ne savait pas comment débarrasser les petits enfants et les grands de cette méchante chose qui fait mal et qui ne sert à rien, à part occire son porteur, les hommes n’éprouvaient nullement le besoin de l’opérer. Je ne sais pas par qui et comment la première opération de l’appendicite a été menée mais il a bien fallu qu’un jour quelqu’un prenne l’initiative de se lancer dans une opération inconnue, il a bien fallu que quelqu’un innove. C’est-à-dire qu’il lui a fallu s’arracher aux carcans mentaux de l’habitude et de l’usage, ce qui ne me semble pas compatible avec une société toute entière absorbée par la satisfaction des besoins, qui implique un conformisme généralisé en l’absence duquel les hommes et les femmes sont susceptibles d’aspirer à se vautrer dans le luxe et le superflu au détriment des besoins d'autrui. Dans une économie des besoins le chirurgien qui opèrera un truc qui ne s'opérait pas auparavant passera pour frivole, il se verra conseillé de soigner les gens qui souffrent et qu'on peut guérir plutôt que de s'embarquer dans des aventures inutiles parce qu'incertaines.

 

On a besoin que de ce qu’on connaît, faire reposer l’économie sur la satisfaction des besoins conduira au mieux à la stagnation, à la reproduction indéfinie de ce qui existe, au pire à la pénurie.

 

La suite au prochain numéro...

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