Péroraisons dérisoires et vilenies absurdes d'un butor prétentieux
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Après un laps de temps assez court où elle s’était évanouie voilà que la « flexi-sécurité » s’est parée d’un nom moins barbare pour devenir la « flexicurité » : innovation lexicale bienvenue tant l’adjonction de la syllabe « sé » à ce « xi », d’une flexibilité qui avait perdu trois syllabes au passage, rudoyait nos délicates oreilles latines. Nous évoquerons désormais avec davantage de civilité ce mélange de flexibilité dans la gestion des ressources humaines et de sécurisation du parcours professionnel des salariés. Et déjà on se sent mieux, comme rasséréné par ce vocable un peu rigolo, flexicurité : quel esprit, même paranoïaque, débusquerait derrière ce long petit mot un danger, une intention maligne ?
Je n’ai personnellement rien contre le fait que les contrats de travail soient moins protecteurs sur le point du licenciement si cela s’accompagne, d’une part, de l’assurance d’un niveau élevé d’indemnisation durant les périodes de chômage (90% du salaire net par exemple) et que la durée de ladite indemnisation est suffisamment longue (pourquoi pas 5 ans comme au Danemark ?), d’autre part, d’une amélioration du soutien apporté aux chômeurs dans leurs recherches d’emploi. Si, de surcroît, la souplesse accordée aux entreprises dans la gestion de l’emploi, la possibilité de rompre assez facilement et rapidement les contrats de travail, incite les patrons à embaucher, notamment dans les petites entreprises, et permet d’accroître globalement, toutes choses égales par ailleurs, le solde des créations d’emploi sur les destructions, je suis prêt à consentir à un amoindrissement de la protection contre le licenciement dont je bénéficie en tant que salarié en contrat à durée indéterminée gagnant le salaire moyen bien que je ne travaille que 25 heures (et demie) par semaine et ne sache à peu près rien faire. Dans un monde idéal on n’aurait pas besoin de l’Humanité, pour reprendre l’exergue du quotidien du peuple fondé par Jean Jaurès, dans un monde idéal peuple de Teletubbies j’agréerais volontiers à cette flexicurité : il se trouve, et c’est bien regrettable, que nous formons ici une nation qui a nom France et que, ce qui est encore plus regrettable, nous sommes des hommes c’est-à-dire des animaux sociaux et non des créatures divines qui seraient libres de se recréer comme bon leur chante dès lors qu’elles ont oblitéré leur bon Dieu.
L’entreprise est un lieu de pouvoir où certains, qui sont nécessairement peu nombreux, exercent leur puissance sur un troupeau plus ou moins large qu’ils mènent – ou malmènent quand ils les font se démener –, cela, qui est abominable ou admirable selon que l’on est libertaire ou libertarien, afin de s’assurer des revenus et des gratifications sociales qui justifient la détention du pouvoir. Le pouvoir se mord la queue, tout tautologique qu’il est, et crée a priori les structures qui le légitimeront a posteriori : l’entrepreneur assujettit le salarié, assujettissement duquel il retirera gain économique et considération sociale, lesquels gain et considération alimenteront l’idée que l’entrepreneur n’est décidément pas un homme comme les autres, en tout cas pas comme tout le monde, d’où l’on conclura qu’il est bien normal qu’il assujettisse et domine vu que c’est grâce à ça qu’il obtient gain et considération, etc.. Ce qui n’est ni bien ni mal, ni anodin ni grave, n’en déplaise au libertarien ou au libertaire. A l’égal de tous les animaux sociaux les hommes créent des hiérarchies : reste à l’ordre culturel le soin de donner un sens à ces hiérarchies (en bien ou en mal) et à l’ordre politique celui de faire en sorte qu’elles ne conduisent pas à un état d’exploitation et de prédation généralisées (ce qui est préférable) ou alors que cet état soit viabilisé par la coercition, eschatologique si possible (rien de plus efficace de ce point de vue que la promesse de félicité éternelle au prix d’une vie de souffrance et de renoncement vendue par les imams et les curés). Hurler avec les loups ou se battre contre des moulins à vent constituent à n’en pas douter des loisirs fort louables mais qui, je le crains, se montrent de peu d’utilité quand il s’agit d’améliorer l’humaine condition : en l’occurrence peu importe que l’entrepreneur assujettisse mais plutôt comment concilier le libre exercice de cette volonté de puissance avec le maintien de la dignité et de l’intégrité des personnes sur lesquelles elle agit.
Ainsi, l’entreprise n’est pas un lieu anodin, parce qu’elle est lieu de pouvoir et qu’il y a toujours un petit quelque chose de diabolique dans celui-ci et parce qu’elle ne constitue pas une entité autonome mais s’insère dans un réseau d’échanges reposant sur la compétition qui n’a que faire des faibles ou des bons sentiments (voir le cas de cet homme du Nord qui avait investi dans une entreprise en difficulté la somme qu’il avait gagnée au Loto et qu’il a perdue dans le naufrage de cette dernière : c’était sans doute « citoyen » de sauver une entreprise en difficulté de sa petite ville et sans doute ses concitoyens le louèrent-ils alors pour cette bonne action, il n’empêche que ceux-là mêmes qui l’applaudissaient le prennent maintenant pour un imbécile). Même si l’entreprise est « citoyenne » elle n’en reste pas moins soumise à la concurrence d’homologues peut-être moins gentils. Quoiqu’il en soit on ne peut raisonnablement pas compter sur les bonnes intentions des entreprises (même sincères) dans la perspective de la défense et de la promotion de la dignité des salariés : seule l’existence de contraintes intérieures et extérieures à l’entreprise fournit l’assurance que celle-ci ne sera pas une (petite) géhenne pour ceux-là. D’où mes préventions contre la flexicurité.
Il me semble en effet malsain de réduire le débat concernant le bon dosage entre la protection juridique des salariés et la nécessité pour les entreprises d’adapter leurs effectifs à la seule nature du contrat de travail et au seul système d’assurance-chômage. En effet pour qu’un tel système soit viable encore faut-il construire une relation équilibrée entre patronat et salariat, un cadre de négociation où les deux forces nécessairement antagoniques se trouvent à peu près à égalité. Ce qui fonctionne au Danemark où l’Etat intervient assez peu en matière de droit du travail, lequel relève essentiellement des conventions collectives issues des négociations conflictuelles entre les syndicats salariaux et patronaux. Concrètement, au Danemark, ces relations, qui n’ont rien de pacifique, se traduisent non seulement par cette autonomie législative concédée par l’Etat danois, mais aussi par des accords salariaux négociés au niveau des branches autrement plus avantageux qu’en France et surtout par la pratique de la cogestion des entreprises, sujet que les partisans français de la flexicurité omettent étrangement. Mais en France la législation relève de l’Etat et de lui seul et le droit du travail ce sont les députés et le gouvernement qui l’édictent ; ce qui réduit fortement l’intérêt pour les deux « partenaires sociaux » de s’engager dans des négociations périlleuses dans la mesure où ils peuvent tout aussi bien décider de faire le gros dos en attendant qu’accède aux responsabilités une majorité présidentielle et législative qui défendra leurs points de vue : l’attitude du Medef (qui dénonce l’arbitraire de la loi quand elle lui est défavorable mais qui s’en accommode fort bien quand la droite est aux affaires) est riche d’enseignements à cet égard ; quant aux syndicats, si la gauche leur est sans doute moins favorable au plan législatif que la droite l’est au Medef, ils savent les risques que représente en terme électorale la signature d’accords avec le patronat qui contraignent les salariés à accepter des concessions. Le monopole législatif de l’Etat, même s’il est entamé par l’Union européenne ainsi que par l’autonomie concédée à la Polynésie et à la Nouvelle-Calédonie, n’en reste pas moins une réalité avec laquelle il faut compter, une réalité qui déséquilibre les rapports sociaux au niveau national et contribue à affaiblir les salariés dans leur rapport de forces avec le patronat. Or, comme le démontre le « modèle danois », la flexicurité exige au préalable un équilibre dans la relation entre patronat et salariat au niveau national comme au niveau des branches professionnelles et des entreprises : comment peut-on espérer construire des rapports relativement équilibrés au sein des entreprises (afin d’empêcher prédation et exploitation) si les discussions à l’échelle des branches sont inexistantes et si au niveau national il n’y quasiment ni négociations ni discussions alors que c’est à ces niveaux que peut se construire une relation équilibrée entre les deux forces antagoniques ?
Il me semble de toute façon illusoire d’espérer importer en France le fameux modèle danois, illusoire parce que personne ne le veut : premièrement, il est hautement improbable que l’Etat abandonne son monopole législatif ; deuxièmement, le patronat français n’acceptera jamais qu’on rogne sa toute-puissance au sein de l’entreprise, même si celle-ci se révèle néfaste à celle-là ; troisièmement, les syndicats salariaux sont dans l’incapacité, étant donné leur légitimité très restreinte, de négocier d’égal à égal avec le patronat et sont, je crois, plutôt hostiles à l’idée de cogestion – cela est d’autant plus vrai que les projets qui visent à établir la représentativité des syndicats sur la base d’élections nationales ainsi qu’à les doter de financements publics indexés sur ces élections ne contribuera pas à développer le syndicalisme de masse mais plutôt à renforcer ce syndicalisme militant qui rebute la grande majorité des salariés : si ce sont les résultats électoraux qui décident de la dotation de fonctionnement des syndicats, ces derniers n’auront plus aucun intérêt à attirer des adhérents nombreux qui sont susceptibles de corrompre idéologiquement l’organisation, et quand bien même ils le feraient leurs propres militants s’y opposeraient ne serait-ce que pour ne pas perdre le pouvoir (riche d’enseignements est à cet égard le refus opposé par les syndicats à la proposition de Ségolène Royal de rendre obligatoire l’adhésion syndicale) !
Si on souhaite doter la France d’un régime de flexicurité qui ne soit pas un moyen de liquider les protections contre le licenciement dont jouissent encore les salariés en contrat à durée indéterminée en échange d’avantages qui seront rognés peu de temps après par un patronat qui serait soutenu par le gouvernement (comme on l’a vu avec l’affaire du PARE qui a été concédé au Medef par la CFDT en échange de la suppression de la dégressivité des indemnités journalières de chômage…dont le Medef a obtenu le rétablissement 2 ans plus tard une fois M. Raffarin installé à Matignon) ; si on souhaite sincèrement doter la France d’un tel régime alors il faut aller au bout des choses et étatiser purement et simplement le système après avoir fait entériner la réforme par un référendum qui serait certes délicat mais qui aurait l’avantage de conférer au système susdit une légitimité et une force telles que ni le patronat ni le gouvernement ne pourraient le charcuter à la première occasion, comme ils le feront à n’en pas douter s’il est institué par un simple accord entre patronat et syndicats.
On pourrait procéder de la façon suivante. Premièrement, convoquer une conférence réunissant :
_les patrons qui seraient représentés par des négociateurs désignés par les organisations patronales, les négociateurs étant répartis entre ces organisations au prorata de la part qu’occupent les activités de leurs adhérents dans la création de richesse ;
_les associations et divers organismes utilisant de la main-d’œuvre salariée ;
_les salariés qui seraient représentés par des négociateurs désignés par les syndicats, les négociateurs étant répartis entre les syndicats au prorata de leurs résultats obtenus lors de ces élections nationales qui me laissent un peu dubitatif ;
_l’Assemblée nationale qui seraient représentées par des négociateurs désignés par les députés, les négociateurs étant répartis entre les groupes politiques au prorata du nombre de leurs inscrits.
Deuxièmement, laisser le temps au temps : pour une réforme d’une pareille ampleur plusieurs mois de discussions et d’échanges, une année entière voire plus, n’auraient rien de superflu. Troisièmement, établir la règle selon laquelle le système ne peut être revu qu’en application du même procédé ; à cet effet, poser le principe de la convocation d’une conférence décennale chargée d’adapter tel ou tel aspect du système si besoin est. Enfin quatrièmement, une fois le projet de réforme mis en forme, le proposer au suffrage des Français, de sorte que le nouveau régime du salariat soit sanctifié par la Nation et qu’il soit impossible à un gouvernement ou au patronat allié à un syndicat de réformer à sa guise le système en tirant parti d’une évolution ponctuelle du rapport de forces entre patronat et salariat.
Je doute qu’une telle conférence soit jamais convoquée, tout simplement parce que je ne crois pas une seconde à la sincérité de ces patrons qui se disent inspirés par le modèle danois. Un léger rappel historique s’impose à cet égard. Au début des années 90 les pays européens ont pour la plupart été frappés par une crise sociale assez brutale qui s’est traduite par une forte hausse du chômage, crise que le patronat a bien évidemment tenté de mettre à son profit comme il en a l’habitude en imputant la crise au niveau excessif du coût du travail, aux rigidités du marché du travail, à la bureaucratie, etc. En France nous avons fait le choix d’agir sur le coût du travail (en le baissant bien sûr) et de flexibiliser violemment le marché du travail en faisant reposer la flexibilité exigée par els entreprises sur les seules épaules des plus faibles et en continuant à protéger ceux qui sont déjà les plus protégés. Mais au Danemark il n’en a pas été de même : afin de ne pas sacrifier les plus faibles on a décidé que tout le monde serait dans le même bateau de la flexibilité de l’emploi, ce qui a permis aux salariés les plus faibles de bénéficier de la force de frappe des plus forts et des mieux organisés (puisque ils ont le même statut) ; toutefois, si les salariés danois ont accepté cette flexicurité ça n’était pas par gentillesse envers un patronat profondément respecté ni par compréhension des contraintes extérieures que soi-disant la mondialisation fait peser sur les régimes sociaux des pays riches : c’était la contrepartie au maintien d’un haut niveau de salaire par les entreprises. Cela n’éclaire-t-il pas d’un jour nouveau cette conversion subite de notre cher patronat français à ce modèle danois, ce patronat qui lui a obtenu des baisses de salaire, tout du moins des coûts salariaux (ce qui revient au même puisque les baisses de charge sont compensées en partie par la hausse des prélèvements sociaux auxquels sont soumis les salariés) ? Et puis, comment le patronat français peut-il être un interlocuteur crédible dans la perspective de l’instauration de la flexicurité, lui qui n’a eu de cesse depuis les années 80 de réduire l’indemnisation du chômage à chaque renégociation du régime d’assurance-chômage ? Comme le montre le cas danois la flexicurité nécessite des syndicats puissants et un Etat neutre mais aussi un haut niveau de salaire et des dépenses sociales extrêmement élevées qui assurent les salariés contre la paupérisation pendant leurs périodes de chômage, autant dire tout ce contre quoi se dressent les patrons français qui considèrent les salariés exclusivement comme des coûts et des fardeaux, les chômeurs comme des rebuts d’humanité et l’Etat comme une milice privée à leur service. Il n’y a donc rien à attendre du point de vue patronal quant à la flexicurité, je dirais même plus : c’est contre le patronat qu’elle sera instaurée, si jamais elle l’est, en France.
A moins d’une brusque mutation qui bouleverserait la culture patronale de notre pays, qui est assez douteuse, mieux vaut agir sur les autres conditions nécessaires à cette réforme peut-être souhaitable de notre marché du travail : le renforcement des syndicats, l’impartialité de l’Etat, le niveau des salaires et la répartition de la charge fiscale, le degré de formation et d’instruction des Français, ce qui fait déjà beaucoup…
...envers les souffrances morales endurées par les derniers représentants de la classe ouvrière renvoyés à leur statut de parasites sociaux dans le cadre de la mondialisation capitaliste, véritable acte de trahison de classe qui vaudra l'empalement à son auteur un soir assez dérisoire où des cortèges de salariés licenciés et hystériques manifesteront leur colère insensée contre leur licenciement.
Les entreprises passent leur temps à se plaindre de la difficulté de casser les contrats de travail, et nous pleurnichons: mais pourquoi nous accrocherions-nous à ces entreprises de m...? Pourquoi nous, salariés, devrions-nous nous sentir concernés par l'avenir de l'entreprise pour laquelle nous travaillons ? Nous travaillons pour gagner notre vie, l'entreprise nous embauche pour gagner celle de ses propriétaires ; le lien qui unit le salarié à l'entreprise relève tout bonnement de l'intérêt : pourquoi nous empêtrer dans le ridicule où nous confine cette manie de se sentir lié d'affection avec la boîte qui nous rémunère ?
Personnellement je travaille depuis 9 ans pour l'entreprise ***, avant d'être embauché par cette boîte j'ignorais jusqu'à son existence: en étais-je malheureux, de cette ignorance ? Aujourd'hui je bosse 25h par semaine -une petite pensée émue pour tous les cadres qui sont fiers de "travailler dur"- pour environ 1 500€ par mois et c'est bien cela qui m'importe: ces conditions fort avantageuses qui dureront ce qu'elles dureront -inch'les actionnaires. Mais que m'importe d'être payé par la boîte X ou la boîte Y -de toute façon à l'heure actuelle on (moi et mes collègues) bosse pour des Italiens, on a failli être racheté par des Américains et, si ça se trouve, on finira chinois ou norvégien. Quoi qu'il en soit je ne suis nullement responsable de l'évolution future de cette société qui m'emploie ; quoi que je dise, fasse, pense ou décide quant à ladite société, je n'influerai jamais en rien sur ses investissements, ses orientations stratégiques, etc. Puisque je ne suis pas partie prenante de son gouvernement, que je ne peux participer en rien à celui-ci, il m'est absurde et vain, en tant que salarié, de considérer l'entreprise qui m'emploie comme une communauté de destin. Certes l'entreprise développe toujours un discours hypocrite en posant en défenseur de valeurs morales ainsi qu'en prônant une culture d'entreprise mais seul un fou peut croire à de telles calembredaines: d'une part parce que chacun se rendra compte que l'entreprise n'emploie de salariés qu'en tant qu'ils lui rapporte de l'argent, qu'ils lui permettent d'en gagner, et d'autre part parce que l'entreprise n'exècre rien tant que l'idée de cogestion paritaire salariés/investisseurs, autrement dit elle récuse absolument et violemment l'idée d'associer les salariés qu'elle embauche à sa gouvernance. De fait l'entreprise déresponsabilise le salarié quant à sa gestion et à son évolution et le considère comme un corps étranger, un parasite qui doit être maintenu à l'écart des lieux de pouvoir: si l'entreprise me considère comme un étranger qui n'a pas à participer à son gouvernement, cela ne signifie-t-il pas tout simplement qu'elle ne constitue pas une communauté humaine ? Qu'elle n'est qu'une gigantesque machinerie dont les hommes sont de simples rouages ? Cela ne signifie-t-il pas que le discours qu'elle produit sur la culture d'entreprise, le travail en commun, la collaboration du salarié avec l'entreprise, n'est qu'un écran de fumée dont la fonction est de circonvenir le salarié en masquant la finalité strictement utilitaire de l'embauche, finalité utilitaire au sens où elle doit permettre d'accroître autant qu'il est possible le capital investi et nullement le niveau de vie du salarié ? Déconstruisons tous ces vains discours auquel nous ne croyons que par faiblesse et lâcheté, pour nous masquer notre servitude volontaire à l'égard de l'entreprise. Déconstruisons-les et réduisons l'entreprise capitaliste à ce qu'elle est véritablement: un formidable instrument de création de richesse économique et un formidable créateur d'inégalités sociales à la fois. Déconstruisons toutes ces fictions sans en bâtir de nouvelles (du genre communisme, qui est autant inégalitaire que le capitalisme mais qui en plus est inefficace au plan économique, sans compter qu'il sécrète un nihilisme et une violence pire encore que la grande saloperie capitaliste). Reconnaissons le capitalisme et l'entreprise pour ce qu'ils sont et construisons les conditions qui permettront un partage équitable des richesses, de telle sorte que chacun puisse être assuré d'une vie décente et digne dans une économie prospère. Et c'est pourquoi je dis : vive la flexibilité car cette exigence grandissante du patronat nous fournit, si on pousse la logique patronale jusqu'au bout et qu'on s'émancipe des fictions auxquelles nous nous obstinons à adhérer (l'entreprise comme communauté humaine) -cette exigence grandissante dis-je nous fournit l'argumentation nécessaire à l'instauration d'un nouveau régime salarial au sein duquel chacun se trouverait libéré de la nécessité de complaire à son patron (et donc reconquerrait son autonomie éthique jusque dans son travail) tout en établissant un rapport de forces équilibré entre patronat et salariat.
Ainsi donc pourquoi nous morfondrions- nous de devenir des employés jetables ? Les patrons exigent de pouvoir rompre unilatéralement et sans délai les contrats de travail: et moi je dis banco. Au lieu de nous attrister, saisissons la perche que les gentils actionnaires et les gentils patrons nous tendent et cassons tous les liens d'affection et de loyauté que nous tissons bêtement envers les entreprises qui nous embauchent, cassons ces liens qui nous aliènent et émancipons-nous de toute forme de patriotisme ou de culture d'entreprise car c'est bien ce patriotisme et cette culture qui empêchent les salariés de se penser en tant que salariés tout court et donc de s'organiser efficacement pour mieux défendre leurs intérêts. Les employeurs veulent des employés jetables, eh bien j'y consens, consentons-y à condition d'établir les conditions sociales qui rendent possibles la réciproque : l'employeur jetable du point de vue de l'employé.
C'est pourquoi, chers concitoyens salariés de toutes obédiences, je vous propose de proclamer l'indépendance du salariat français et la création de la Confédération Nationale du Travail (faudra d'ailleurs opter pour un nom officiel différent sinon les anarchistes vont porter plainte pour atteinte au droit de la propriété intellectuelle). La CNT en question serait formée par la totalité des salariés actifs ou retraités: seuls les affiliés à la Conf' pourraient occuper des emplois salariés -le patron embauchant un non affilié étant fusillé avec ses enfants mâles, l'épouse et les enfants femelles étant condamnées à être violées par le corps entier des affiliés mâles à la Conf': ces mesures peuvent sembler drastiques voire quelque peu excessives mais enfin on ne fait pas d'omelettes sans casser des oeufs, demandez aux dirigeants d'Aubade qui vont embaucher des Chinois à 50 centimes de l'heure...Ladite Conf' serait dirigée par un corps d'administrateurs locaux et nationaux élus par les salariés-citoyens pour une durée que dans ma grande sagesse je fixerais à 4 ans grand maximum; elle serait absolument indépendante de l'Etat. Relèveraient de son exclusive compétence: la négociation des conventions collectives (qui se substitueraient progressivement au droit du travail voté par le Parlement), l'inspection et la médecine du travail, les négociations salariales avec les branches et la redistribution du fruit de ces négociations aux salariés (qui ne seraient plus payés par l'entreprise qui les embauche mais par la Conf'), les caisses d'assurance chômage et vieillesse ainsi que la couverture santé complémentaire, la formation professionnelle et les agences pour l'emploi, et sans doute d'autres choses encore qui ne me viennent pas à l'esprit pour le moment.
N'oublions pas camarades et « pas camarades » (je signale que je fais partie des « pas camarades », je signale notamment à l'attention des camarades adeptes du tutoiement intempestif qu'ils pourraient bien tâter de ma guillotine portative made in China s'ils s'oubliaient- quant aux tutoyeurs compulsifs, qu'ils sachent que dans ma grande commisération j'aurai égard au petit zizi dont la nature dans sa très-grande injustice les a affublés et m'abstiendrai de toutes représailles à leur encontre- enfin si c'est une fille on réglera l'affaire à l'amiable qu'elle soit intempestive ou compulsive sinon: couic) -n'oublions pas, disais-je, que ce qui nous asservit au grand capital tout méchant qui fait que de faire des bêtises et dire des gros mots et foutre des coups de poings dans le dos pendant la récré, que ce qui nous asservit donc ce n'est pas la répression mais notre propre aveuglement, notre acharnement aveugle à défendre des acquis sociaux qui nous ont été concédés à l'époque du péril rouge et sous la menace d'icelui, sous l'égide d'un Etat qui n'a de français que le nom et qui ne protégeait les salariés que par crainte que ceux-ci ne se révoltent contre Lui, mettant ainsi un terme au règne de l'oligarchie sénescente qui L'a institué afin qu'Il défende ses intérêts de caste contre les prétentions irréalistes, insupportables, et contraires à l'intérêt supérieur de la nation (ah oui, l'intérêt supérieur de la nation se confond généralement avec l'intérêt des classes supérieures de la nation, sans doute parce qu'elles sont, ces classes, supérieurement intelligentes et informées de la dure réalité du monde et de l'ordre des choses contre lequel on ne peut rien), contre ces prétentions irrationnelles de la vile populace. Finalement les acquis sociaux n'auront été que des expédients imposés par un Etat clairvoyant (c'est-à-dire décidé à continuer dans son être et donc attentif à tout ce qui serait susceptible de le mettre en danger) à des élites recroquevillées sur leurs privilèges (attitude bien française que l'on retrouve dans la défense désespérée et sans issue des "acquis sociaux") afin de sauver le capitalisme français du naufrage. Maintenant que le danger a disparu (eh! félicitons-nous- en, le communisme étant encore plus dégueulasse que le capitalisme) le même Etat démantèle l'appareil d'expédients qu'Il avait patiemment édifié de la fin du dix-neuvième siècle jusqu'aux années 70 du siècle dernier: seuls les naïfs (dont je fus longtemps) et les innocents peuvent s'en offusquer.
Ces acquis sociaux dont nous nous vêtissons fièrement alors qu'ils ne sont plus que haillons, ces acquis sociaux, dis-je, sont bien l'instrument de notre perte, ils forment une illusion nocive car ils ne protègent finalement plus grand monde mais interdisent à tous de se saisir des opportunités extravagantes que nous promet la vie dans une société riche comme jamais elle ne l'a été (et pas qu'au point de vue économique) et notamment d'utiliser l'exigence de flexibilité des patrons afin de nous émanciper des cadres mentaux qui nous empêchent de tirer pleinement profit de cette richesse. Approprions- nous cette revendication patronale en l'adaptant à nos intérêts en tant qu'individus salariés; ainsi nous nous libérerons de cette double sujétion qui nous limite ou nous oppresse: la sujétion à l'entreprise qui nous nourrit et la sujétion à la petite société que forment les collègues.
Envoyons les entreprises et l'Etat se faire foutre et braillons vive la flexibilité dans la liberté et l'autonomie...
...alors que je suis en fait un ignoble défenseur de la grande saloperie capitaliste.
Le travail est sans nul doute une activité indispensable, utile, etc., une activité nécessaire en somme ; aussi pourquoi faudrait-il en faire une valeur morale ? Le travail est une nécessité économique pour l'individu et pour la société. Quelque soit le système économique le recours au travail est incontournable, au moins si nous voulons perpétuer notre niveau de vie et de confort. Or ce qui est nécessaire n'a nul besoin de justifications morales: la nécessité de par son caractère rédhibitoire et péremptoire est à elle-même sa propre fin. Aussi pourquoi transformer une nécessité en valeur morale si ce n'est afin de recouvrir la réalité du travail dans le cadre de l'économie capitaliste mondialisée? Car la réalité du travail dans cette économie se traduit bien souvent par de la souffrance et de la frustration, pour finir par de l'abrutissement et cela parce que le travail dans le capitalisme se transforme en moyen d'action. Le travail tel que nous le pratiquons n'a pas pour fin l'utilité et le bien-être de la société et de l'individu mais l'accroissement indéfini du capital et, ce faisant, l’enrichissement et la puissance de ses détenteurs. Dans la réalité sociale et économique de notre monde un éboueur jouit de revenus insignifiants relativement à ceux d'une Bétancourt par exemple, dont la seule activité aura été d'hériter de son papa la propriété de l'Oréal et de quelques milliards d'euros: il est pourtant manifeste que des rentiers comme la Bétancourt ne servent à rien et ne participent en rien au bien-être et au bonheur de la société et des individus qui la composent alors que sans les éboueurs notre société consumériste sombrerait dans le chaos. Manifestement le travail ne compte pour rien dans le niveau de revenus des individus puisque certains qui travaillent dur sont mal payés et que d'autres qui glandouillent leur vie entière vivent comme des papes. Je constate également que dans notre société les emplois les plus difficiles, non seulement sont peu rémunérés mais de plus sont dévalorisés quand ils ne sont carrément considérés comme infâmants: les éboueurs ou les femmes de ménage en attesteront.
Si on s'intéresse à la hiérarchie des salaires dans une entreprise on constate que celle-ci correspond exactement à la hiérarchie des emplois or la dureté du travail ou l'utilité relativement à la production ne correspondent pas nécessairement à la place dans la hiérarchie. Par exemple dans une fonderie le travail des ouvriers est incomparablement plus dur que celui du chef d'atelier or celui-ci est toujours mieux payés que ceux-là; le travail des directeurs est bien moins dur que celui du chef d'atelier qui lui est en contact direct avec ces feignants d'ouvriers et doit veiller à ce que ceux-ci mettent en oeuvre les décisions de la direction et malgré tout ça les directeurs sont toujours mieux payés que les chefs. En outre les ouvriers sont beaucoup plus utiles que les chefs et les directeurs car ils peuvent faire tourner l'usine sans ces derniers -certes l'usine tournera moins bien et peut-être devra cesser ces activités à un moment ou à un autre mais cette situation est viable un certain temps-; à l'inverse les chefs et les directeurs ne produisent plus rien dès lors que les ouvriers ont disparu et perdent en leur absence immédiatement toute utilité. Pourquoi les salaires sont-ils inversement proportionnels à l'utilité et à la dureté du travail effectué? Sans doute parce que l'utilité que sanctionne le salaire n'est pas liée au travail en tant qu'il tend au bien-être et au bonheur des hommes et de la société mais à son utilité relativement au but ultime de l'entreprise capitaliste dans le cadre de laquelle le travail s'effectue et qui consiste tout simplement à accroître le capital qui a été investi.
Dans ces conditions on comprend bien que ce n'est nullement le travail que le salaire sanctionne mais la fonction dans l'organisation d'un travail collectif dont les principaux agents sont dépossédés du bénéfice. Le fruit du labeur n'appartient pas au travailleur mais au propriétaire qu'est l'investisseur. Or les hommes travaillent par nécessité et non par plaisir ce qui implique que le travailleur aura tendance à s'approprier le fruit de ses efforts, tout du moins à le considérer comme sien: si le fruit du travail grossit le travailleur soit décide de s'enrichir en maintenant le même niveau de travail soit décide de réduire son travail en considérant qu'était suffisant son niveau de revenu préalable. Mais le travail n'appartient pas au travailleuret la richesse qu'il crée encore moins: elles appartiennent au propriétaire qu'est l'investisseur. En fait l'entreprise n'a d'autre fin que de déposséder le travailleur du fruit de son travail pour le maintenir en la propriété de l'investisseur; pour être plus exact je dirai que l'organisation de l'entreprise organise non le travail en tant que tel mais la dépossession du créateur de richesse de la richesse qu’il crée. Tout cela explique à mon sens cette absurdité qui veut que plus le travail est dur et moins il est payé: le salaire est relatif à la place de l'individu dans la chaîne de dépossession du fruit du travail, c'est-à-dire au degré d'intensité selon lequel il participe à la coercition du travailleur, celui qui fait le sale boulot ou qui effectue tout simplement la tache la plus utile -ce qui revient généralement au même- et que l'investisseur dépossède du fruit de son travail afin de s'enrichir.
Il est bien évident, une fois posé cela, que le système ne peut tenir s'il reste à l'état brut, auquel cas la société exploserait et l'investisseur finirait la tête au bout d'une pique, comme ces niaiseux d'aristocrates qui ont fomenté la convocation des Etats généraux en 1789 afin d'obtenir la restauration des droits féodaux que la monarchie absolue avait accaparés et qui n'avaient pas compris que le monde, en tout cas la France, avait changé et que leurs exigences étaient devenus insupportables pour une société au sein de laquelle l'idée d'égalité entre les hommes s’étendait jusqu’à devenir progressivement une exigence! Pour ne pas perdre la tête au sens propre l'investisseur doit veiller à ce que le travailleur perde la sienne, mais là au sens figuré.
Edifier tout un appareil de fictions s'avère donc nécessaire afin de viabiliser une société qui n'a d'autre fin que de déposséder la majeure partie de la population du fruit de ce labeur dont les hommes aimeraient à se débarrasser, et dont certains parviennent à se débarrasser: les investisseurs par exemple qui aiment beaucoup le travail effectué pour eux par les créatures lobotomisées qu'ils emploient. Seulement, si lobotomie il y a celle-ci ne peut être matérielle, d'abord parce que c'est très méchant d'attenter à l'intégrité physique d'autrui et puis surtout parce que si on veut que le travailleur effectue les taches qui lui incombent il est nécessaire que celui-ci jouisse de la plénitude du petit cerveau que Nature lui a fourni. (Notons au passage que, par une coïncidence extraordinaire, au dix-neuvième siècle, les pays industrialisés ont rendu obligatoire l'instruction au moment même où le machinisme explosait, rendant nécessaire une élévation du niveau d'instruction du travailleur; notons surtout que c'est l'instruction primaire qui a été rendue obligatoire, celle qui apprend à lire les consignes du patron et à compter le nombre de pièces exigées par le même patron. Encore aujourd'hui on peut constater que seule une minorité des enfants d'ouvriers accèdent à l'enseignement supérieur et que seule une minorité parmi cette minorité accède à un enseignement universitaire: le savoir transmis aux ouvriers et à leurs rejetons doit leur permettre de travailler et pas de réfléchir ou de se cultiver et pour cause: pour que le dîner de con soit possible et que les marioles se marrent le con doit ignorer qu'il est le con.)
Il faut donc "lobotomiser" non le cerveau mais la conscience, la raison et la représentation du monde de ces travailleurs qui forment le gros de la population et bâtir à cette fin cet appareil de fictions qui les empêchera de voir le monde tel qu'il est ou, plus exactement, qui leur fera voir le monde tel qu'il doit être pour la luxure et la débauche de quelques-uns: investisseurs aujourd'hui, aristocrates hier, seigneurs avant-hier, ou encore patriciens avant la survenue des seigneurs, chacune de ces castes ayant lobotomisé les masses à sa manière et en fonction de l'origine de sa puissance.
Pour moi me paraît désormais claire la raison pour laquelle le travail subit ce phénomène de transsubstantiation, si j’ose dire. Puisque il est nécessaire de masquer la dépossession du fruit de son travail que subit le salarié dans le cadre de l'économie capitaliste; puisque toute société produit un système de valeurs plus ou moins arbitraire, qu'elle nomme morale et qui s'intègre à un système d'explication du monde, dont les hommes ont besoin afin de supporter l'absurdité et l'inanité intrinsèquesde leurs existences et du monde; puisque les hommes ont pour habitude de transformer les contraintes extérieures en forces surnaturelles ou en valeurs morales afin de rendre ces contraintes moins désagréables et le monde moins obscur et hostile -alors il faut impérativement que le travail, de nécessité objective qu'il est, se mue en valeur morale et, de but afin d'améliorer la vie des hommes, qu'il devienne un élément constitutif de l'humanité même en l'absence duquel un homme cesse d'être un homme. Et c’est ainsi que la fonction strictement utilitaire du travail s’évapore et qu’il devient valeur morale, une valeur à laquelle chacun se doit de se plier et d’intérioriser comme un élément constitutif de son appartenance à la société. Tout ça pour obtenir de bons travailleurs, efficaces, consciencieux, qui voit dans le travail un but existentiel et qui se laissent dépouiller par des investisseurs qui eux méprisent le travail autant qu’ils méprisent les travailleurs.
Mais celui qui ne voit dans le travail qu’une nécessité individuelle et collective raisonnera, quant à la redistribution de la richesse créée par le travail, en terme de bénéfice pour l’individu et pour la société et non en terme de création de valeur pour l’actionnaire. Considérant l’égalité des hommes il posera la question de la légitimité d’une échelle des salaires qui ne correspond qu’aléatoirement au degré d’utilité quant au bien-être des individus ; il posera la question de la participation des travailleurs à l’organisation du travail et risquera fort de remettre en cause une organisation dont le seul objectif est la fameuse création de valeur pour l’actionnaire ; etc. Ramener le travail à sa seule nécessité afin d’assurer le bien-être de la collectivité et des individus qui la composent aboutit soit à une remise en cause radicale du fonctionnement de la société et de l’économie ainsi que la politique et des médias soit à prôner aux salariés l’adoption d’un cynisme égal à celui des vainqueurs du système capitaliste : est-ce un hasard si certains capitalistes soucieux du devenir du système dont ils sont les bénéficiaires dénoncent le néo-libéralisme non pas en raison des dégâts sociaux et humains qu’il engendre mais parce qu’il tend à détruire les fondements moraux et culturels, autant dire les fictions construites au fil des siècles, qui ont permis son essor dans la mesure où ceux-ci conditionnent les individus, quand bien même ils sont conscients de l’abjection du système (qui est par ailleurs un système formidablement efficace pour créer de la richesse), de telle sorte qu’ils finissent par s’enorgueillir de ces valeurs qui les condamnent à vivre en vaincus du système, qui fait des jouets de ce système les agents de leur propre aliénation et de leur propre exploitation.
"Il faut faire de nécessité vertu" dit-on: voilà bien une sentence de maître et un dicton d'esclave! Comme je l'ai dit plus haut il est dérisoire de parer la nécessité: il faut reconnaître la nécessité comme telle et repousser comme diabolique toute pensée qui tend à la dénaturer en la parant d'atours agréables certes mais illusoires car ces beaux atours ont pour seul but non de dessiller mais d'aveugler l'observateur. En l'occurrence le travail est une nécessité pour l'individu et pour la société: étant moi-même myope comme une taupe j'ai besoin pour vivre des compétences de l'ophtalmologue qui estime la correction nécessaire pour me permettre d'y voir clair, du lunettier pour fabriquer les verres correcteurs et de l'opticien pour me fournir mes lunettes. Le travail est nécessaire au bonheur et au bien-être des individus et de la société mais dans notre société capitaliste il ne prodigue pas bien-être et bonheur à chacun: certains jouissent d'une vie digne du paradis sur la Terre et d'autres souffrent une Géhenne sans fin or les hommes sont égaux: si le travail a pour fin le bonheur et le bien-être des individus et de la société et que les hommes sont égaux alors il doit procurer à chacun un bonheur et un bien-être égal -toutes choses égales par ailleurs- ou sinon...sinon il faut masquer ce caractère de nécessité en le parant d'atours irrésistibles tel que celui d’une vertu morale et sociale qui occulte le réel et légitime une injustice insupportable autrement: il faut faire de nécessité vertu pour que les maîtres prospèrent et que les esclaves s'enorgueillissent de leur dépossession et de leur sujétion.
A bas le travail qui enrichit quelques-uns et qui abrutit la masse !
Vive le travail qui rend aux hommes la vie meilleure et la société égale!