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Vincent Carel

Péroraisons dérisoires et vilenies absurdes d'un butor prétentieux

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La bananeraie

Par Vincent Carel :: mardi 15 mai 2007 à 21:29 :: La politique me fait rire

Parmi les projets de réforme les plus controversés de Nicolas Sarkozy figure l’instauration de « peines plancher » pour les criminels multirécidivistes. Or il semblerait, d’après Le Monde, qu’une telle proposition soit inconstitutionnelle, en conséquence de quoi le Conseil constitutionnel risquerait de l’invalider. Mais rien n’effraie ni n’arrête l’individu : si la proposition est déclarée non conforme à la constitution de la Cinquième République M. Sarkozy convoquera le parlement en congrès à Versailles afin que celui-ci ait la bonté extrême de bien vouloir changer la constitution, de sorte que les peines plancher d’inconstitutionnelles deviennent constitutionnelles.

 

En fait le futur nouveau président de la République n’est pas le premier à agir ainsi, tous les gouvernements réforment la constitution selon leur bon vouloir. Or, paraît-il, la Constitution a pour objet d'instituer les règles de droit fondamentales concernant la nature de l'Etat, le régime politique, la désignation des gouvernants et la définition de leurs compétences, les libertés et les droits garantis aux individus et aux groupes sociaux : c’est du moins ce qu’on peut lire sur le site du Conseil constitutionnel sous la plume de Georges Vedel, en guise de définition.

 

Peut-on, en conséquence, considérer comme républicain un régime dont la définition des principes dépend de fait de la volonté d’un seul homme, celui qui mène la majorité ? En effet, et c’est toujours le cas, la procédure de révision par la réunion des deux chambres n’est qu’une comédie dont chacun connaît à l’avance l’issue : un « oui » franc et massif du Parlement. En gros la constitution française n’est qu’un bout de papier sans valeur et si la France est une république c’est d’une république bananière qu’il s’agit !

 

La république, censément, représente un régime où la souveraineté réside dans le peuple mais si le texte qui définit les fondements de la République française peut être révisé sans consultation du peuple français c’est bien que cette souveraineté ne signifie strictement rien. Si encore ces révisions étaient peu fréquentes, comme c’est le cas aux Etats-Unis où la Constitution a été amendée 27 fois depuis 1787, mais en France il ne se passe pour ainsi dire pas une année sans convocation du Congrès afin d’enregistrer la dernière oukase constitutionnelle du président de la République.

 

En Suisse les réformes constitutionnelles sont assez courantes, toutefois ces réformes sont avalisées ou invalidées directement par le peuple et non par une bande de notables sans personnalité dont la seule fonction est de donner corps à la fiction républicaine. Seul le peuple suisse peut réformer un article de la Constitution fédérale et même un simple alinéa ; idem au niveau de chaque canton dont la moindre réforme de la Constitution implique la tenue d’un référendum. La Confédération helvétique ne serait-elle pas davantage républicaine que la République française ?

 

Si le texte qui est censé tenir lieu de loi fondamentale n’est qu’un tas de feuilles de papier sans utilité, on est en droit de mettre en cause la légitimité des institutions puisque ces dernières ne peuvent plus être considérées comme nationales de même que, plus globalement, il est aisé de ravaler l’Etat au rang de propriété privée du chef de l’Etat. Si l’Etat n’est qu’une propriété privée et non l’émanation de la volonté de la nation afin d’assurer la défense et la promotion de l’intérêt général sous toutes ses formes, alors l’impôt relève du racket, la loi de l’arbitraire, les institutions de la tyrannie. Et contre la tyrannie chacun sait ce qu’il faut faire !

 

Mais personne ne fera rien, mis à part les anarcho-bourrins de la CNT ou les bolcheviks de pacotille de l’extrême gauche (lesquels sont sans doute ravis de l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République), et nous continuerons cette comédie de la démocratie française jusqu’au jour où il sera trop tard. Mithridatisation, dirait Philippe Séguin, pour signifier le processus lent par lequel le corps politique s’accoutume par glissements successifs à la dépossession de sa souveraineté sur l’Etat et le gouvernement.

 

 

Bis repetita placent

Par Vincent Carel :: jeudi 10 mai 2007 à 1:55 :: La politique me fait rire

Tout sauf Berlusconi, clamait la gauche italienne en 2001. Tout sauf Bush, clamait la gauche américaine en 2004. Tout sauf Sarkozy, clamait la gauche française en 2007. Quels furent les résultats de ces appels à un vote de barrage contre le grand méchant loup de droite ? La victoire de la Bête à chaque fois. Et non seulement victoire mais victoire nette et sans bavure accompagnée d’une très forte mobilisation de l’électorat, c’est-à-dire du peuple souverain. Dans ces trois cas de figure la droite décomplexée assumant ses valeurs, pour reprendre le discours sarkozyste, affichant des intentions à rompre avec les habitudes, dans ces trois cas la droite l’a emporté avec une facilité assez déconcertante.

 

C’est bien la preuve qu’on ne gagne pas une élection par défaut mais en s’appuyant sur ses propres forces, sur un projet cohérent. Le problème, pour la gauche, notamment en France et en Italie où la gauche est très composite, se pose précisément sur ce point du projet. Difficile en effet de concilier la gauche libérale favorable à la mise en œuvre de politique corrective des excès du capitalisme, la gauche radicale dont on ne sait trop si elle est anti-libérale au sens d’opposée à la forme contemporaine, néo-libérale, que prend le capitalisme ou si elle est carrément anti-capitaliste avec, le cas échéant, la question du type de société et d’économie alternative ; et n’oublions pas la constellation communiste. Encore s’agit-il là d’un tableau schématique puisque chacune de ces trois tendances est elle-même traversée par divers courants, sans parler des querelles de personnes liées aux ambitions des innombrables leaders qui chacun tend à poser au représentant unique de la vraie gauche de gauche ou de la vraie gauche moderne. Au-delà des tendances idéologiques et des rivalités politiciennes il faut encore prendre en considération la manière dont les milieux sociaux votant pour la gauche perçoivent la réalité et les discours : par exemple, dans le monde ouvrier, le discours anti-immigré et anti-immigration de Le Pen est très majoritaire et si cet électorat vote effectivement à gauche il adhère en même temps aux propositions frontistes pour ce qui relève de cette question particulière, sans qui ne l’empêche nullement de se dire et de se ressentir comme de gauche, et d'être de gauche. Bref, rédiger un projet commun, qui satisfasse tout le monde, relève de la gageure et c’est bien le plus inquiétant à terme.

 

En Italie la coalition anti-berlusconienne qui a remporté les élections de 2006 doit surtout sans très court succès à la faiblesse dans la mise en œuvre des réformes libérales plus qu’à une révolte contre ces réformes. A force de tergiverser Berlusconi a fini par lasser une part de son électorat et c’est ce qui a permis à la « gauche » italienne de revenir au pouvoir…sans l’ombre du début d'un projet, tout au plus une série de mesures censées satisfaire tout le monde, des démocrates-chrétiens anti-berlusconistes aux communistes purs et durs. En fait, dans un contexte de balkanisation de la gauche et d’opposition radicale à l’intérieur des tendances de la gauche, il semble plus facile de se focaliser sur la personnalité de l’adversaire en le fascisant, comme le fait plus ou moins la gauche française avec Sarkozy. A voir la réaction des représentants de la gauche suite à l’échec de Royal, lesquels, au lieu de tenter de comprendre les raisons de cet échec, abolissent chacun la réalité en prétendant, pour les uns, que c’est parce que la gauche n’est pas assez réformiste que la défaite a été consommée, pour les autres, que c’est parce que la gauche n’est pas assez radicale –à voir la réaction de ces braves gens je me dis que si le Sarkozy a le courage d’aller au bout de ses propositions sans céder aux mouvements sociaux qui apparaîtront, alors il est quasiment certain de l’emporter à nouveau en 2012 puisque, à gauche, tout continue comme si de rien n’avait été, puisque, à gauche, la guerre intestine continue et risque de continuer…

 

Tout sauf Berlusconi, tout sauf Bush, tout sauf Sarkozy : tout sauf succès ! Ce dont la gauche française a besoin afin de préparer l’avenir c’est d’un projet cohérent qui dépasse les querelles de ses diverses sectes, un projet cohérent qui soit porté par une personnalité incontestée désignée longtemps à l’avance comme leader de l’opposition puis comme candidat. Ce dont la gauche française a besoin c’est d’apprendre à regarder le monde tel qu’il est, à commencer par sa propre réalité, celle d’un ensemble de courants de pensée divers mais qui ne peuvent l’emporter et s’imposer qu’unis par delà leurs divergences et sans barguigner autour d'un projet commun, à la réaction duquel il serait bon de s'atteler dès maintenant : puisque chacun devra faire des concessions douloureuses mieux vaut s'y prendre le plus longtemps à l'avance possible. Un peu de tolérance et d’ouverture d’esprit, à moins de vouloir à nouveau se taper une longue période de domination de la droite, comme celle que la France a traversé entre 1958 et 1981.

Vive le libéralisme

Par Vincent Carel :: mardi 08 mai 2007 à 20:46 :: La politique me fait rire

Une révolution libérale : est-ce le sens qu’il faut donner à l’élection de Nicolas Sarkozy ? Jusqu’à présent les candidats à la présidence de la République se gardaient de paraître libéral, de passer pour tel. D’une certaine manière on pouvait interpréter les échecs successifs des majorités en place, leur incapacité à effectuer plus d’un mandat avant d’être remplacées brutalement à chaque nouvelle élection par une majorité opposée, par un refus des Français des politiques libérales. En France l’étiquette libérale vouait à l’échec n’importe quel candidat à la magistrature suprême ; être taxé de libéral constituait une infamie rédhibitoire à tout aspirant président ou premier ministre : c’est sans doute cela qui a causé l’échec retentissant de Jospin au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, cela bien plus que l’insécurité, n’en déplaise à la gauche bien-pensante comme à la gauche communiste, lesquelles oublient par confort que c’est le centre et la droite républicaine qui furent laminés en ce funeste 21 avril puisque, quand le nombre de suffrages exprimés chutait de 1,9 million entre 1995 et 2002 la gauche en perdait seulement 0,2 millions d’électeurs.

 

Quelqu’ait été la teneur des discours de campagne de Nicolas Sarkozy, et même si le candidat de l’UMP ne s’est pas présenté exclusivement comme libéral, il n’en reste pas moins qu’il n’a jamais nié être libéral, partisan du libéralisme économique, qu’il ne s’en est jamais caché. Et ça, quoi qu’on en dise ou pense, ça constitue bien un changement profond dans la vie politique française : c’est déjà une première rupture politique importante, infiniment plus intéressante que les criailleries vides de sens contre « Sarko facho ». D’autant plus que Sarkozy n’a pas été élu par défaut : avec 85% de participation et 53% des suffrages qui se sont portés sur son nom force est de constater que le vote Sarkozy a bien été un vote d’adhésion et pas un accident de parcours. Cette élection nette, voire triomphale, ne marque-t-elle pas la fin du croquemitaine libéral au sein de la société française ? Au vu du nombre toujours très faible d’actionnaires individuels en France ainsi que de la diminution de 1% du nombre de Plans d’épargne en actions en 2006 on est en droit de considérer cette évolution comme relevant davantage de l’idéologie que des pratiques sociales.

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