Péroraisons dérisoires et vilenies absurdes d'un butor prétentieux
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L’indépendance de la Banque Centrale Européenne, quel grand progrès pour les lumières ? Et c’est vrai qu’elle est indépendante la banque de Francfort vis-à-vis des citoyens et des peuples de l’Europe (comme l’étaient ses prédécesseurs nationaux depuis la ratification du Traité de Maastricht), qu’elle est indépendante vis-à-vis du Parlement européen et des parlements nationaux, enfin qu’elle est, de fait si non de droit, indépendante des gouvernements de l’Euroland. Réjouissons-nous de cette avancée qui nous rend libres et égaux.
On est toutefois en droit de se poser la question de savoir si cette indépendance n’est pas qu’un leurre idéologique ? L’argent n’est pas uniquement ce qui sert à rétribuer le plus mal possible ces plaies de l’économie que l’on nomme salariés : c’est aussi ce qui sert aux investisseurs de moyen de contrôle des entreprises qui organisent le travail et rétribuent le plus mal possible ces plaies de l’économie que l’on nomme salariés. L’argent des investisseurs qui grossit grâce au labeur des plaies est aussi un instrument de pouvoir : il faut bien assurer le retour sur investissement et compter avec l’irresponsabilité économique totale des plaies ainsi qu’avec leur cupidité, leur vénalité et leur rapacité outrancières, lesquelles ne se referment jamais. L’investisseur prend des risques en plaçant son argent dans une entreprise et cela légitime qu’il se proclame et soit proclamé par l’usage et la loi seul maître à bord : admettons comme valide la convention libérale. Le hic, dans ce beau discours, c’est qu’aujourd’hui il est de plus en plus fréquent de voir des investisseurs investir sans argent, c’est-à-dire avec l’argent de l’entreprise dans laquelle ils investissent : c’est ce qu’on appelle la méthode du rachat avec effet de levier (plus communément appelée LBO), qui permet à l’investisseur de racheter toute ou partie du capital d’une entreprise en empruntant l’argent nécessaire, emprunt qui est remboursé ensuite par l’entreprise rachetée, laquelle s’endette à son tour pour investir dans la production puisque ses profits sont siphonnés par ses « investisseurs » afin de rembourser la dette qu’ils ont contractée afin de financer leur acquisition. Une innovation de la finance que nous sommes priés de considérer comme positive par les gens qui savent (mais qui sont rarement concernés à titre personnel) même si j’y verrais bien une forme légale de hold-up : si un gonze m’empruntait de l’argent afin de créer un site internet de chippendale et m’obligeait ensuite à faire moi-même le chippendale sur son site afin de me rembourser la somme qu’il m’avait soutirée au préalable j’aurais quand même un peu l’impression de me faire exploité et même volé –mais le gonze me rétorquera que je suis paranoïaque et me conseillera d’aller faire un tour chez le psychiatre le plus proche. Toujours est-il que je n’ai jamais entendu le président de la Banque Centrale Européenne s’exprimait à ce sujet alors que je l’ouis quelquefois expliquer qu’il ne fallait surtout pas augmenter les salaires (ça fait grimper les prix contrairement aux 10 à 20 % de profit extorqués par le moyen des LBO qui sont, bien sûr, sans aucun effet) ou encore qu’il fallait accroître la flexibilité du marché du travail (sinon ça fait grimper le chômage contrairement aux ventes et reventes successives de compagnies détenues par le moyen de LBO). Je trouve ça drôle parce que la pratique du LBO met en cause la logique qui préside à la légitimation de l’appropriation exclusive de l’entreprise par l’actionnaire-investisseur dans la mesure où dans ce cas l’investisseur ne risque rien puisque, dans les faits, c’est l’entreprise rachetée qui est sommée de payer son propre rachat quitte à s’endetter pour cela : si l’entreprise appartient à ceux qui prennent le risque d’y placer leur argent alors cela signifie que l’entreprise rachetée totalement ou partiellement au moyen d’un LBO s’appartient à elle-même puisque, de fait, c’est elle qui finance l’acquisition de ses nouveaux « investisseurs propriétaires ». Si le président de la BCE se croit autorisé à inciter les salariés à la modération il me semble qu’il serait tout à fait compréhensible qu’il exprime publiquement sa réprobation d’une pratique qui sape les fondements de la légitimité actionnariale, pour ne par dire de l’économie capitaliste. Fort heureusement la BCE est indépendante des citoyens, des parlements, des gouvernements comme des marchés financiers dont elle ne vise nullement à défendre les intérêts exclusifs et quelque peu contradictoires avec ceux des salariés (il faut bien que quelques uns consentent à de menus sacrifices pour arracher 15 voire 20 % de profit).
En fait c’est assurément parce qu’elle est indépendante que ses dirigeants n’ont rien trouvé à redire aux transferts de données personnelles réalisés par la société Swift (qui organise les échanges de paiement et de messages entre les banques de la Terre entière) à destination du gouvernement des Etats-Unis d’Amérique dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Que cette société transfère aux organes sécuritaires des Etats-Unis d’Amérique des données personnelles de citoyens européens, procédure contraire à la Convention européenne des Droits de l’Homme* ainsi qu’à la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne**, n’a nullement troublé la Banque Centrale Européenne (pas davantage d’ailleurs que la Banque nationale de Belgique) qui, non seulement n’a rien trouvé à redire à ces pratiques violant les principes fondamentaux de l’Europe, mais n’a même pas jugé opportun d’informer les gouvernements et autorités européens de ces transferts puisque c’est le New York Times qui a révélé l’affaire après plusieurs années de loyale collaboration de la BCE avec les services anti-terroristes américains. Dit de manière plus agressive, la BCE, du haut de son indépendance immaculée, viole allègrement des principes fondamentaux auxquels se sont astreints les Etats européens qui en sont les instigateurs et les rédacteurs (censément en tout cas). Ainsi donc la BCE « indépendante » pousse le souci de son indépendance jusqu’à s’abstraire du respect des lois et principes de droit européens, ce qui n’empêchera nullement tous les bons Européens de rabrouer véhémentement quiconque remettra en cause la sacro-sainte « indépendance » de l’institution. Car mettre en cause le statut de la BCE relève bien sûr de la démagogie la plus ignoble (« toutes les démocraties du monde respectent l’indépendance de leur banque centrale » : doit-on en conclure que la France n’était pas une démocratie avant la ratification du Traité de Maastricht qui a imposé l’indépendance de la Banque de France ?), c’est ce que je lis et entends partout, dans les médias, ces mêmes médias qui se font bien discrets au sujet de l’affaire Swift…Je m’étonne d’ailleurs que des médias indépendants si soucieux de la défense de la démocratie ne livrent pas une féroce bataille à une institution, tout du moins aux dirigeants d’une institution qui court-circuitent les gouvernements légitimes et démocratiques de l’Union européenne pour se faire les collaborateurs zélés des services de sécurité d’un Etat étranger en piétinant au passage le droit européen : défendre la démocratie ne consisterait-il pas à dénoncer ces dirigeants et leurs pratiques liberticides plutôt qu’à mettre sous le boisseau des faits dérangeants envers cette si merveilleuse conquête de l’actionnaire-roi qu’est l’indépendance de la BCE ? L’inconvénient pour nos pathétiques médias français qui n’apprécient rien tant que donner des leçons de morale à la populace, n’est-il pas que cette affaire Swift abat le mythe de l’indépendance de la Banque Centrale Européenne ?
En effet, pour obtenir des dirigeants européens de la société Swift qu’ils violent la loi européenne, le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique les a menacés d’emprisonnement et d’amendes s’ils refusaient d’obtempérer. En banquiers honnêtes ces braves gens ont préféré mettre entre parenthèses les droits fondamentaux de leurs concitoyens, c’est-à-dire aussi bien les leurs, plutôt que de s’opposer aux exigences du Ministère américain des Finances et de la CIA. Plus simplement (et plus lucidement !) je considérerai qu’ils n’ont pas voulu, ce faisant, mettre en danger les intérêts de leurs clients, qui ne sont autres que les banques européennes (y compris la BCE) ; en clair il s’agissait de ne pas porter atteinte aux intérêts particuliers des banques européennes, quitte à rompre avec des principes fondamentaux de la démocratie européenne. Que des entreprises capitalistes considèrent que leurs profits priment sur le respect de la loi n’étonnera pas grand monde ; ce qui est extravagant c’est qu’une institution publique comme la Banque Centrale Européenne ait couvert et donc, tacitement du moins, encouragé de telles violations de nos droits fondamentaux de citoyens, de telles pratiques qui finalement considèrent le profit privé comme prééminent sur le droit européen. Pour les gardiens de l’indépendance de la BCE il semble bien que la défense des intérêts d’entreprises financières ait plus d’importance et de valeur que les principes fondamentaux de l’Union européenne ; mais cela n’a pas l’heur de choquer grand monde, en tout cas pas les télévisions, les radios ou les journaux, qui doivent avoir d’autres chats à fouetter, des chats « populistes » j’imagine…
In fine j’assénerai quelques monstrueuses vérités premières : la première c’est que la Banque Centrale Européenne est bel et bien indépendante des citoyens et des peuples, des parlements et des gouvernements ; la deuxième c’est qu’elle est tout aussi indéniablement indépendante des conventions, chartes et lois européens ; la troisième c’est qu’elle est absolument indépendante des médias, c’est-à-dire des médias qui font l’opinion (genre Le Monde, TF1, NRJ, etc.), tellement indépendante qu’ils n’osent s’intéresser aux décisions prises par ses dirigeants même quand ces derniers renient tout ce qu’est censée représenter la construction européenne, sans doute pour ne pas intenter à son indépendance sacrée ; la quatrième c’est qu’elle respecte davantage les oukases de l’Etat américain que le droit édicté par les Etats et l’Union européens (voir ma deuxième monstrueuse vérité première). J’ai failli oublié ma cinquième monstrueuse vérité première : la Banque Centrale Européenne est indépendante parce qu’elle est au service d’intérêts particuliers et que l’indépendance vis-à-vis des centres de pouvoir démocratiques que sont les gouvernements et les parlements est la meilleure garantie que la pression insupportable exercée sur les « élus » par une populace dont l’ignorance de la chose économique n’a d’égale que l’irresponsabilité politique ne troublera pas les intérêts particuliers dont la Banque est chargée d’assurer la défense !
* Article I-8 :
1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.
2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.
** Article II-68 : Protection des données à caractère personnel
1. Toute personne a droit à la protection des données à caractère personnel la concernant.
2. Ces données doivent être traitées loyalement, à des fins déterminées et sur la base du
consentement de la personne concernée ou en vertu d'un autre fondement légitime prévu par la loi.
Toute personne a le droit d'accéder aux données collectées la concernant et d'en obtenir la
rectification.
3. Le respect de ces règles est soumis au contrôle d'une autorité indépendante.
La Paix et le Droit ne rentreront définitivement en Europe que lorsque, en Allemagne, la démocratie aura triomphé.
Propos tenu par un certain Daniel Johnson, anglais de nationalité, en 1870, cité dans un article publié par Jean Jaurès dans la Dépêche de Toulouse du 11 juin 1887 à propos des relations entre la France et l'Allemagne.
Citation visionnaire encore à l'heure actuelle en cela qu'elle vient heurter la propagande fédéraliste censément pro-européenne dont l'objectif de démantèlement des Etats nationaux apparaît de plus en plus clairement année après année. En effet, ce que nous rappelle cette prédiction qui a fait suite à la guerre franco-prussienne à l'issue de laquelle le IIème Reich allemand fut proclamé à Versailles, Etat nouveau au coeur de l'Europe et présenté comme l'Etat national allemand qui annexa l'Alsace-Lorraine française mais qui mit également fin à l'indépendance des Etats de l'Allemagne du Sud désormais intégrés dans un empire fédératif largement dominé par la Prusse (dont le roi devint empereur d'Allemagne et qui représentait l'essentiel du pays puisque, en 1914, sur 67 millions d'Allemands 42 millions étaient prussiens, les 25 autres Etats allemands comptant en moyenne tout juste un million d'habitants) -ce que nous rappelle cette prédiction, donc, c'est que les guerres qui ont ensanglanté l'Europe au cours du vingtième siècle ne sont pas tant le produit des méchants Etats nationaux que des régimes autoritaires et répressifs qui ont réprimé les peuples européens depuis des temps immémoriaux et que la constitution des Etats nationaux par les peuples européens visait justement à abolir.
Où l'on voit que le discours bêlant sur l'Europe comme nécessité d'encadrer des peuples et des Etats nationaux, que leurs penchants bestiaux portent nécessairement à la barbarie et au "populisme", ressortit d'une intention manipulatoire. En effet, mettre sur le dos des peuples européens la responsabilité de ces conflits atroces constitue un argument de poids en soutien à l'instauration d'une Union européenne qui n'est au final qu'une recréation des Etats ante-nationaux où le pouvoir se légitime lui-même : l'expertise indépendante et impartiale de la Commission en est un exemple, cette commission qui est soi-disant a-politique alors que l'Union dispose d'une compétence législative quasi universelle et que la rédaction des réglementations et des lois européennes lui incombe depuis la ratification du traité de Maastricht, cette expertise prétendument indépendante légitime le pouvoir exorbitant des administrations européennes sans avoir besoin de l'onction du suffrage universel, assez puante si j'en crois M. Mandelson ci-devant commissaire au commerce et à ce titre représentant de l'Europe aux négociations internationales dans le cadre de l'OMC (représentant de l'Europe, pas des Européens, étrange conception de la démocratie quand on sait que les Etats du monde sont représentés par un ministre responsable devant le parlement, dans les démocraties tout du moins). Le pouvoir européen se légitime lui-même à la manière des monarchies et des aristocraties d'Ancien Régime qui constituaient elles-mêmes le principe qui légitimait leurs propres privilèges et leur propre pouvoir, ces monarchies et aristocraties qui auraient, à l'instar de cette caricature qu'est le Mandelson, jugé incongru que l'on demandât à la populace son avis quant au gouvernement du pays.
Mais il faut bien étouffer la contestation et pour ce faire quoi de mieux que de présenter l'Etat national comme l'origine de tous les maux qu'a souffert l'Europe au siècle passé. En oubliant au passage que c'est dans le cadre de l'Etat national que s'est pensée et constituée la démocratie européenne ; en oubliant que c'est dans le cadre de l'Etat national que les réformes sociales telles que le droit de grève et de syndicalisation, la rédaction d'un droit du travail, la limitation du temps de travail, l'interdiction du travail des enfants, la généralisation de l'enseignement, la Sécurité sociale, etc. ont été menées. Et d'ailleurs quelle grande réforme sociale a été conduite depuis que la sainte Europe est née ? A part détruire ce qui a été construit péniblement par près de deux siècles de lutte ouvrière je ne vois pas ce que fait l'europe pour le bien commun ; voir également le démantèlement de la fiscalité progressive portant sur le revenu et les profits des entreprises ainsi que sur les grandes fortunes...Mais de cela il ne saurait être question : l'Etat national c'est mal, l'Union européenne c'est bien ; l'Etat national (comprendre la souveraineté populaire) c'est mal, l'Europe (comprendre l'intérêt des classes dirigeantes) c'est bien.
Quand les élites mentent sans vergogne au point même de mettre en danger la démocratie en Europe à force de manipulations, c'est toujours qu'elles défendent un intérêt particulier. Et c'est pourquoi nous subissons ce rouleau compresseur pseudo-européen depuis, je dirais au pif, au moins 33 ans puisque c'est mon âge et qu'autant que je me souvienne j'ai toujours entendu la belle chanson européiste sur les lendemains merveilleux...et les sacrifices pour y parvenir : afin de masquer la réalité de "l'Europe unie". Car le problème c'est qu'on ne voit rien venir si ce n'est l'obligation, sous peine d'être taxé d'anti-européen et donc de nationaliste donc de fauteur de guerre, de nous adapter toujours à une réalité économique toujours plus brutale et injuste ; le problème c'est que plus le temps passe et plus la vile populace se rend compte que l'Europe ne lui apporte rien. Certes la populace en question est encore loin de se révolter contre cette institution réactionnaire et anti-sociale qu'est l'Union européenne, mais plus personne ne croit au discours mensonger sur les bienfaits de l'Europe, ce qui constitue potentiellement une première étape avant une révolte anti-européenne.
Ce que nous rappelle cette citation c'est que la démocratie repose sur la souveraineté du peuple et que les peuples n'ont pas intérêt à la guerre, que les peuples ne font pas la guerre quand ils sont libres et non écrasés par des régimes autoritaires et, en quelque sorte, étrangers (un pouvoir autoritaire ne peut, par définition, être dit national puisque l'Etat national repose justement sur la volonté souveraine du peuple et qu'un régime autoritaire baillonne et contraint le peuple à se plier à sa volonté). La souveraineté populaire et le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple fondent la démocratie or ils sont à l'exact opposé des fondements de l'Union européenne qui reposent justement sur le dépouillement des peuples de toute souveraineté au profit des collèges d'experts et des ministres réunis en conclaves et dont l'origine réside justement dans l'argument (controuvé) que les méchants peuples sont cause des guerres européennes. Comment avons-nous pu collectivement nous laisser aveugler par ce discours délirant? Comment avons-nous pu nous laisser berner par des discours aussi absurdes, qui prétendent conforter la démoncratie en foulant aux pieds les principes fondateurs de la démocratie?
Sur les guerres européennes on pourrait, au-delà-même du caractère autoritaire des Etats , s'intéresser, par exemple, à l'éthique aristocratique européenne pour laquelle la guerre est valorisée positivement comme le moment où l'homme d'élite obtient ses titres de noblesse ou les légitime. C'est un fait indéniable que l'aristocratie a joué un rôle considérable au plan politique puis symbolique dans l'histoire de l'Europe : encore aujourd'hui de riches Anglais, et notamment, chose intéressante, de riches hommes d'affaires immigrés en Grande-Bretagne sont prêts à dépenser des sommes faramineuses pour obtenir un titre nobiliaire; et même en France, les patronymes à particules continuent à impressionner et à attirer. Or, l'une des particularités de l'aristocratie est son faible enracinement national et son caractère profondément européen. (L'européanité ainsi que cette éthique de la guerre qui sont le propre de l'aristocratie sont d'ailleurs illustrés admirablement dans un film comme La Grande Illusion.) L'éthique de la guerre de cette aristocratie européenne qui a dominé, au plan symbolique si ce n'est politique, toute l'Europe n'est pas pour rien dans la valorisation de la guerre qui a marqué une certaine propagande patriotarde construite par les Etats, il est vrai, mais des Etats qui n'étaient pas démocratiques ou qui ne l'étaient que superficiellement comme la France de la Troisième République qui n'hésitait pas à envoyer l'armée réprimer les manifestations pacifiques d'ouvriers en grève ou à s'engager dans une politique coloniale contre la volonté du peuple (qui s'opposait à la colonisation peut-être pour de mauvaises raisons mais qui s'y opposait majoritairement malgre tout).
Et puis pourquoi ne pas évoquer le rôle de l'économie capitaliste dans le développement terrible de l'histoire européenne du vingtième siècle ? Le darwinisme social, pour lequel une sorte de sélection naturelle doit s'effectuer au sein des sociétés ainsi qu'entre les sociétés (les individus les plus forts dominant voire éliminant les plus faibles, les sociétés les plus fortes agissant sur le même mode dans leurs rapports aux sociétés les plus faibles), ce principe monstrueux n'est pas étranger au capitalisme ; loin s'en faut puisque ce dernier repose sur une impitoyable mise en compétition des individus et des sociétés en vertu du principe barbare selon lequel les vainqueurs seront nécessairement les hommes les meilleurs qu'il est juste de gratifier à proportion de leur mérite, ce qui conduit immanquablement à l'exploitation de l'homme par l'homme et donc à la nécessité de répandre dans la société cette idée monstrueuse qui est contenue dans le darwinisme social dont les historiens ont montré qu'il était l'un des fondements de l'idéologie national-socialiste (bien plus que le nationalisme qui n'est bien sûr pas défendable au sein d'une nation indépendante et souveraine !). Indépendamment de la représentation du monde qu'induit la propagande darwiniste qui ne parvient jamais à dominer vraiment la société (ne serait-ce que par lucidité ou bon sens la plupart des hommes n'ont guère intérêt à s'adonner à cette compétition permanente, pour la simple raison qu'ils vieillissent et que, quelque puissant qu'ils deviennent, ils finissent inéluctablement par être vaincus : en fait les seuls qui aient intérêt à promouvoir la compétition comme le moteur unique de la vie sociale et économique ce sont les gens qui ne risquent rien, ceux dont la fortune et le pouvoir est à l'abri de toute compétition, voir aujourd'hui les professeurs de prise de risque Seillières et Parisot qui sont des héritiers : la compétition inter-individuelle est aussi une stratégie de conservation des élites en place !), il y a les dégâts sociaux et culturels provoqués par cette compétititon absurde, il y a les frustrations, les rancoeurs qui se muent en haines quand elles deviennent insoutenables, il y a le cynisme qui réduit autrui à un instrument et abolit l'humanité, qui réduit les relations humaines à des rapports de prédation, il y a la désagrégation de la société et la déréliction des individus : il n'y a rien au final que la haine de soi et la haine de l'homme qui se résolvent par la constitution d'une victime sacrificielle sur laquelle sont projetés les angoisses sociales et individuelles...Mais bien sûr de cela il ne sera nulle part question : la guerre c'est la vile populace et son odieux Etat national qui en est la cause, pas la sainte économie capitaliste sans frontière et les idées répugnantes qu'elle véhicule. Or que fait le capitalisme contemporain si ce n'est ressusciter cette abjection darwiniste ?
Et que fait l'Europe si ce n'est mettre en oeuvre la libération de la puissance destructrice de l'économie capitaliste qui est formidablement créatrice de richesse mais qui détruit les hommes et les sociétés là où elle ne rencontre plus de contraintes ? Et que fait "l'Europe" si ce n'est détourner l'attention des citoyens des causes véritables de ces guerres qui sont censées marquer la nécessité de l'Union alors qu'elle est le moyen par lequel les tendances anti-démocratiques des élites européennes maintiennent vivantes et revivifient même les structures sociales et les modes de pensée qui sont à l'origine de ces guerres ?
PS: ne pas confondre l'Union européenne communément appelée "Europe" par les médias avec l'idée d'unité européenne : l'Union est à l'Europe ce que la monarchie capétienne était à la France, un régime qu'il s'agit de détruire afin d'en bâtir un nouveau. Reste à savoir s'il est encore possible de construire un régime démocratique européen qui ne se substitue pas aux démocraties nationales en toute chose mais là où il est souhaitable pour le bien commun qu'une Communauté de souverainetés supplée aux Etats nationaux : au vu de la réaction des européistes qui a été d'en appeler à un retour à la méthode Monnet et Schumann il y a de quoi être sceptique...Si c'est impossible, eh bien, que la France recouvre sa pleine et entière souveraineté !
...parce que je suis un grand poète comme l'Europe est une déesse de la mythologie grecque.
On a besoin de l’Europe ; sans l’Europe nous ne sommes rien ; l’Europe est notre avenir…
Et c’est vrai que sans l’Europe on vivrait moins bien, la preuve quand on voit l’enfer que subissent les malheureux Islandais qui refusent, les barbares, d’entrer dans l’Union européenne. C’est vrai que sans l’Europe on serait incapable de s’insérer dans l’économie mondiale ou d’y défendre nos intérêts, la preuve par toutes ces nations affamées, effondrées, effacées de la surface de la Terre à cause de leur refus imbécile d’abandonner leur indépendance : Canada, Australie, Taiwan, Corée du Sud…
L’Europe c’est le plein-emploi ; l’Europe fortifie les régimes sociaux ; l’Europe c’est la solidarité…
Et c’est vrai que sans l’Europe nous souffririons d’un chômage massif, nous serions contraints de revoir à la baisse notre système de Sécurité sociale, nous serions même obligés de repousser l’âge du départ en retraite voire de remettre en cause la progressivité de l’impôt sur le revenu.
L’Europe c’est la coopération ; l’Europe nous ouvre l’esprit en ouvrant les frontières ; l’Europe c’est la paix et l’amitié entre les peuples…
Et c’est vrai que sans l’Europe nos vieilles nations seraient contraintes à se livrer une compétition économique féroce à coup de dumping fiscal, de flexibilisation du marché du travail et de mise en compétition des salariés des différents pays.
L’Europe c’est la démocratie ; l’Europe c’est la démocratie ; l’Europe c’est la démocratie…
Et c’est vrai que sans l’Europe nous serions toujours représentés auprès de l’OMC par des ministres responsables devant les députés à l’instar des Coréens du Sud ou des Brésiliens, au lieu de quoi nous avons un commissaire qui est un homme tellement intelligent et qui surtout est indépendant comme il nous le rappelle à chaque fois qu’il ouvre la bouche et s’attriste de la paralysie induite par cette pratique archaïque et démagogique qu’est l’élection. C’est vrai que sans l’Europe nous serions incapables de lancer ces courageuses réformes qui sont bien sûr « gagnant-gagnant » et nous pataugerions dans la médiocrité émolliente de la providence étatique.
L’Europe c’est la démocratie ; l’Europe c’est la démocratie ; l’Europe c’est la démocratie…
Et c’est vrai que sans l’Europe nous ne jouirions pas de ces instances indépendantes que sont la Banque Centrale Européenne ou le Conseil des ministres, l’Eurogroupe ou l’Ecofin et combien d’autres institutions admirables qui agissent pour le bien commun en toute indépendance par rapport aux citoyens et aux peuples.
L’Europe c’est la démocratie ; l’Europe c’est la démocratie ; l’Europe c’est la démocratie…
Et c’est vrai que sans l’Europe nous n’aurions pas le plaisir souverain d’assister aux conclaves intergouvernementaux où nos premiers ministres et nos présidents négocient âprement de ces traités admirables à force d’amphigouri que les députés s’empressent de ratifier comme un seul homme en l’absence de tout débat public et contradictoire.
L'Europe c'est la démocratie ; l'Europe c'est la démocratie ; l'Europe c'est la démocratie...
L'Europe c'est la paix ; l'Europe c'est la paix ; l'Europe c'est la paix...
L’Europe c’est beau, l’Europe c’est bien ; l’Europe c’est beau, l’Europe c’est bien ; l’Europe c’est beau, l’Europe c’est bien…
Et ceux qui disent que c’est pas vrai, c’est parce qu’ils sont vilains.