Péroraisons dérisoires et vilenies absurdes d'un butor prétentieux
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Les parachutes en or que s’octroient, avec l’ignominieuse complicité de leurs actionnaires, les présidents de grande entreprise représentent un scandale, une injure adressée aux bons salariés ou travailleurs. Qu’est-ce qu’ils sont méchants, les grands patrons ! Et cupides et rapaces ! Avec ça qu’ils te licencient plein d’honnêtes salariés ou travailleurs juste pour que leurs actionnaires engraissent un peu plus et leur rendent au centuple. C’est très mal de gagner des sous sur le dos des autres gens, honnêtes en plus : mais pourquoi donc serait-ce mal ? Pourquoi empêcherait-on les patrons de s’en foutre plein les poches sur le dos des salariés ou travailleurs ?
S’il s’agissait d’agir au nom d’une redistribution plus juste des profits, s’il s’agissait de lutter contre les abus de pouvoir des actionnaires, je n’aurais rien à y redire. Mais la proposition du président (de la République) à l’endroit des avantages des présidents (de grande entreprise), laquelle vise à interdire les fameux parachutes qui choquent les salariés ou travailleurs honnêtes, relève de la démagogie victimaire la plus abjecte. Il n’appartient pas à l’Etat de rendre illégales des procédures de rétribution abusives auxquelles l’engeance patronale et actionnariale aura élaboré un substitut avant même que la loi les proscrivant paraisse au Journal officiel. Je ne vois pas d’autres expressions pour qualifier ce genre de proposition que celles d’agitation stérile et de manipulation anti-démocratique, agitation et manipulation dont l’évidente inefficacité renforcera l’idée déjà très répandue dans l’opinion publique que le politique ne peut agir sur l’économique, que celui-ci domine toujours celui-là, en fin de compte que la démocratie est une pantalonnade et un jeu de dupes.
C’est à la société d’intervenir, c’est-à-dire aux salariés ou travailleurs, ces innocentes victimes de la méchante engeance. C’est aux salariés qu’il appartient d’arrêter de se laisser tondre comme des moutons ; c’est à eux de cesser de geindre et de pleurnicher sur leur propre sort. C’est à eux d’agir et de se mobiliser contre ce qu’ils jugent indignes dans le fonctionnement des entreprises. A moins que les protestations véhémentes contre les parachutes en or de leurs patrons ne soient, chez les salariés ou travailleurs, que l’expression d’une envie hypocrite et un peu honteuse. Qu’est-ce qui choque véritablement les salariés ou travailleurs, que leurs patrons s’attribuent parfois des émoluments énormes autant qu’indus à l’occasion d’un départ éventuellement précipité, ou que leur propre médiocrité replète leur interdise de se battre contre ce qui les indigne quand aucune puissance extérieure ne retient leurs bras vengeurs ?
Contre l’odieuse agressivité qui s’exerce sur les actionnaires et les capitalistes en France je me dresse avec résolution, empli d’un immense sentiment de dégustation (de dégoût ?) devant la multiplication des discours démagogiques dénonçant une rapacité, controuvée ! laquelle animerait exclusivement ces gentes gens. Car enfin ces hommes-là, tout vilains qu’ils apparaissent à certains, sont nécessaires au bonheur du travailleur.
Et c’est vrai : pour que les travailleurs travaillent encore faut-il que le travail prospère, et pour ce faire il a besoin du capital, le travailleur, il a besoin que le capital s’investisse. Reste à déterminer si le capital doit relever de la collectivité publique ou de puissances privées : l’expérience ayant tranché l’affaire il est inutile d’y revenir. Comme le capital privé est plus efficace et plus juste que le capital collectivisé et que les capitalistes privés investissent avec l’espoir de gagner des sous, d’en gagner plus que ce qu’ils ont consenti à investir pour l’heur du travailleur, le travailleur a donc tout intérêt à ce que les capitalistes qui le vampirisent prélèvent une part des bénéfices. Cela, d’ailleurs, personne ne le conteste mis à part les radoteurs de la gauche anti-libérale, et encore pas tous. Là où le bat blesse c’est quand le vampire, plutôt que de préserver son producteur et réservoir d’hémoglobine, tend à lui pomper tout d’un coup les milliards de globules dont il a besoin pour persévérer dans son être pour la mort.
Premier exemple, le cas d’Airbus avec la décision irrationnelle de se distribuer 99 000 000 d’euros de dividendes votée par une courte majorité des actionnaires de cette entreprise qui annonçait 10 000 suppressions de postes il y a quelques semaines de cela, alors qu’on apprenait que l’ancien patron était parti avec 8,5 millions d’euros dans les fouilles, alors que, paraissait-il, l’entreprise était quasiment ruinée, au bord de la faillite totale, à en croire les dirigeants de la boîte. Tout ça est-il bien sérieux ? Si l’entreprise a de quoi reverser de l’argent à ses actionnaires comment se fait-il qu’elle n’en est plus quand il s’agit de payer les salaires de ses employés ? 99 000 000 d’euros, à 30 000 euros de salaire annuel moyen (la moyenne française si je ne m’abuse), ça fait de quoi payer 3 300 personnes, soit un tiers des suppressions de postes annoncées. S’il est de l’intérêt du travailleur que l’actionnaire gagne de l’argent cet intérêt s’estompe dès lors que le profit légitime se mue en hold-up, comme c’est le cas d’Airbus.
Second exemple, le cas d’Alcan et d’Alcoa, deux entreprises spécialisées dans la production d’aluminium. La dernière ayant récemment fait part de son intention de croquer la première, qui elle-même avait il y a quelques années bouffer Péchiney, qui elle-même…voilà que surgissent des estimations quant aux suppressions de postes que les « synergies » nées de la fusion des deux groupes ne manqueront pas de susciter. Il n’y a pas de petites économies et l’entreprise grandissant, en expansion, n’a aucune raison de payer des gens à rien foutre : les doublons iront donc pointer à l’agence pour l’emploi du coin. Et puis quand on est prêt à mettre 24 milliards d’euros pour racheter son concurrent il faut bien faire payer la facture à quelqu’un, faut être un peu sérieux. Combien de doublons ruineux devra-t-on licencier ? Mettons 10 000, histoire de faire un compte rond : à raison là encore de 30 000 euros par an de coût par employé pour l’entreprise je dirais que les 24 milliards du prix d’achat représenteraient environ 80 ans de salaires des employés licenciés, c’est-à-dire deux vies actives par personne.
Et pourquoi donc devrait-on admettre de telles pratiques ? Moralement c’est pas beau de licencier des gens quand on a du pognon plein les poches, cet argument est un peu limité, j’en conviens, mais il y en a un autre, probant celui-là. En effet quand Airbus ou « Alcoa-Alcan » licencient en masse par pur confort, par pur souci de gaver l’actionnaire comme une oie inconsciente, au-delà même de la méchanceté subie par le malheureux salarié innocent tel l’agneau pascal, ces décisions iniques ont une répercussion sur les finances publiques puisque il faut bien prendre en charge la reconversion et l’indemnisation des nouveaux chômeurs. Or cet argent investi pour compenser la rapacité insatiable de quelques uns aurait tout aussi bien pu servir à autre chose, par exemple aux universités, aux infrastructures, à toutes ces choses dont le financement par la collectivité publique est nécessaire à l’essor…de l’économie capitaliste ! En fait il faut empêcher les actionnaires de se laisser aller à leur bêtise coutumière en faisant en sorte, si ce n’est d’en finir avec ces pratiques peu reluisantes au moins d’en atténuer les effets nocifs pour la collectivité.
Si j’étais démagogue je dirais qu’il faut interdire les licenciements et je m’appellerais Olivier Besancenot, je serais tout rouge de partout et je ferais les gros yeux parce que quand même des fois faut pas pousser non plus. Plus modestement et plus utilement pour tout le monde pourquoi n’obligerait-on pas les entreprises qui licencient suite à une fusion ou malgré le reversement de dividendes somptueux aux actionnaires à prendre en charge intégralement le coût financier, aujourd’hui imputé à la collectivité, du retour à l’emploi du salarié licencié : allocation chômage, coût administratif induit par le traitement du dossier du nouveau chômeur par l’agence pour l’emploi et la caisse d’indemnisation, dépenses de formation, etc. ?
Dans une interview récente au journal Le Monde le PDG de Sanofi-Aventis exposait sa doctrine commerciale à l’heure de la mondialisation : ne pas mettre les salariés des pays du Nord en concurrence avec ceux du Sud, c’est-à-dire ne pas faire produire par les usines du Sud les produits vendus au Nord ; adopter une attitude intraitable en matière de protection de la propriété intellectuelle dans les pays du Nord et négocier avec les gouvernements du Sud un partage des brevets. Il faut sans doute envisager la générosité de cette entreprise à l’aune d’un intérêt bien compris. En effet, sachant que, sans les remboursements de la Sécurité sociale, un médicament a peu de chances de survivre longtemps l’entreprise a tout intérêt à les produire en France et en Europe : dans le contexte social français il est difficile à un gouvernement, indépendamment même de la pression des industriels, de condamner l’emploi de salariés français ou le maintien de sites industriels français, ce qui incite le gouvernement décidant de dérembourser un médicament à y réfléchir à deux fois, alors que si ce dernier est fabriqué à l’étranger le risque politique est nul et le déremboursement aisé à imposer. De même qu’un intérêt commercial détermine le civisme de l’entreprise à l’endroit de l’emploi des Français, l’intérêt commercial ne peut qu’inciter les dirigeants d'une entreprise aux ambitions mondiales à réduire la protection de leurs brevets dans les pays du Sud puisque de toute façon les populations de ces pays ne disposent pas de revenus suffisants pour acheter les médicaments élaborés grâce à ces brevets : lever ou restreindre la protection des brevets est aussi un moyen de pénétrer des marchés qui seraient inaccessibles autrement tout en soignant son image auprès de l’opinion publique du Nord mais aussi du Sud, laquelle opinion constituera probablement un marché solvable à moyen et long terme tout au moins en Asie, continent où vit la moitié de l’humanité. Saluons bien bas la rationalité triomphante du décideur économique !
Au-delà de la célébration de la rationalité égoïste et efficace d’une entreprise capitaliste dont la fonction première demeure l’enrichissement et la satisfaction de ses propriétaires (ce qui revient au même), pourquoi ne pas s’appuyer sur l’exemple de cette politique commerciale pour promouvoir une réforme du commerce mondial ?
Aujourd’hui les économistes, auxquels la société a la gentillesse d’allouer de généreux et désintéressés émoluments (sans doute afin d’assurer leur indépendance d’esprit et leur impartialité d’experts au-dessus de tout soupçon), sont généralement libre-échangistes et opposés à tout protectionnisme. Le discours libre-échangiste passe d’autant mieux que l’idée selon laquelle les libertés individuelles grandiraient avec l’ouverture des frontières constitue un lieu commun bien difficile à déloger, alors que j’ai tendance à penser que c’est le contraire qui est en train de se produire ; quand les Etats ne peuvent plus contrôler les entrées et les sorties du territoire ils en viennent à resserrer leur contrôle sur leurs propres citoyens : un beau jour on pourra se balader partout sur la Terre sans visa mais on aura tous une puce électronique greffée sous la peau ; mais les frontières auront disparu et ça fera jouir les gauchistes et les libéraux, ça donnera surtout du travail aux obsédés du flicage qui disposeront alors d’un instrument de contrôle infiniment supérieur aux caméras de surveillance, même les super technologiques équipées de logiciels de reconnaissance faciale. Toujours est-il que le libre-échange est largement défendu par les médias et bien sûr l’Education nationale en dépit de l’absurdité d’un tel système d’échange dans un monde dont les écarts de richesse n’ont jamais été si grands.
De fait, étant donné l’état actuel du monde, le libre-échange ne peut profiter qu’aux capitalistes et à leurs séides. C’est d’ailleurs ce que reconnaissent dans leur patois les économistes quand ils mettent en avant la rationalisation internationale de la production, laquelle signifie en langage commun la mise en concurrence généralisée des salariés, de leurs rémunérations ainsi que de leurs droits et avantages sociaux, l’aboutissement de la rationalisation étant la dégradation des conditions de travail, d’embauche et de rémunération des travailleurs du Nord et l’exploitation de ceux du Sud dont la misère, bizarrement, ne régresse nullement malgré la multiplication des usines : faut dire aussi que le capitalisme « rationalise » beaucoup dans les pays soumis à un régime autoritaire et répressif. Le libre-échange entre pays ou régions au niveau de développement très divergents n’a évidemment aucun rapport avec le commerce mais avec une idéologie réactionnaire qui refuse aujourd’hui comme hier l’évolution égalitaire des sociétés européennes : le développement du commerce mondial et des inégalités progressent ensemble, et pour cause. Nous nous trouvons danc à l’heure actuelle devant un choix manichéen à trancher : pérenniser la mondialisation capitaliste telle qu’elle est et demeurera inéluctablement ou instaurer un nouveau modèle de mondialisation coopérative laquelle implique de sortir du libre-échange mondial.
Protectionnisme est certes un gros mot que le conditionnement de l’école républicaine et des médias indépendants nous assigne à lier au nationalisme qui, comme chacun sait, signifie la guerre. Qui plus est protectionnisme égal frontière or la frontière c’est caca. Et pourtant le protectionnisme ne signifie pas fermeture, bien au contraire. Dans un monde foncièrement inégal et pour longtemps l’ouverture des frontières entre des régions riches et pauvres ne peut que susciter angoisse d’un côté et rancœur de l’autre : angoisse de perdre son niveau de vie pour les premiers et rancœur de ne pouvoir y parvenir pour les autres (n'oublions pas que le travailleur du Sud ne présente d'intérêt pour l'investisseur que dans la mesure où il est pauvre et le reste). Il ne peut en être autrement en dépit des bêlements des libre-échangistes puisque l’ouverture des frontières signifie en ce cas l’exacerbation de la compétition entre les individus au sein des sociétés ainsi qu’entre les sociétés elles-mêmes. Or il ne saurait être question d’amitié ou d’échange ou d’ouverture d’esprit mutuel entre des individus et des peuples pour lesquelles la compétition décide de la vie ou de la mort économique. Evidemment les libre-échangistes avancent une parade assez dérisoire : l’adaptation aux contraintes, certains particulièrement hypocrites arguant de la nécessité d’aider et d’accompagner les plus faibles alors que c’est toujours et partout l’inverse qui se produit. En effet, face aux conséquences humaines désastreuses sur les segments les plus fragiles de la société, les réponses sont toujours les mêmes : développement de l’assistanat en direction des nouveaux pauvres (ce qui constitue davantage un moyen de les expulser de la société que de les aider à s’y maintenir) et diminution de l’accès à l’assurance chômage pour les autres, diminution accompagnée d’une restriction de la protection des contrats de travail.
L’avantage d’un tel système c’est qu’il brise en deux ce qu’on appelait autrefois les masses populaires, l’inconvénient c’est qu’il suscite de la violence. Encore que la violence sociale puisse s’avérer utile dans la mesure où cela contribue à éloigner encore plus la partie supérieure des classes populaires (comme on dit aujourd’hui) de la partie inférieure puisque alors les classes populaires supérieures se trouvent contraintes de se battre afin de ne pas basculer du côté obscur qu’elles exècrent nécessairement, ne serait-ce que par peur de faire partie un jour de ce club répugnant des rebuts d’humanité qu’une intelligence urbanistique a le bon goût de parquer un peu partout autour de nous, suffisamment loin pour qu’on ne soit pas trop emmerdés mais pas trop non plus pour qu’on puisse avoir peur et accessoirement qu’on puisse avoir une bonne raison de se soumettre à la Loi de l’adaptation aux contraintes extérieures qu’à une époque obscurantiste on nommait volonté divine. Les gens modestes finissent logiquement par devenir leur propre agent coercitif, l’instrument de leur propre assujettissement : en luttant désespérément contre les « gens anciennement modestes » devenus déchets de la société les « gens encore modestes » qui refusent de devenir des déchets parce que ça pue se soumettent et s’adaptent aux injonctions du marché, renforçant du même coup le système somme toute très rationnelle qui les opprime. Il est rigoureusement impossible d’accompagner socialement les victimes de la mondialisation capitaliste pour la simple et bonne raison que le constitution d’une classe pauvre et la désintégration de la classe ouvrière constitue la condition sine qua non à l’imposition des politiques adaptatives : pourquoi des ouvriers qui avaient construit des conditions d’embauche, de salaire et de travail en amélioration constante accepteraient-ils poliment une réorganisation de la production qui brise l’élan qui leur était positif et profitable ?
Le seul moyen de contrer ces évolutions détestables et inévitables de la société c’est de réduire la compétition entre les individus et pour en arriver là il faut en finir avec la pression exercée par la concurrence des pays du Sud que les entreprises capitalistes savent orchestrer à merveille. Pratiquement, pour annuler la pression exercée par la prétendue mondialisation, il suffit de construire une régulation douanière des échanges entre les régions divergentes, de sorte que la taxation aux frontières compense l’écart de coût lié aux salaires, à la fiscalité, au droit du travail, au droit social et environnemental. A défaut de mettre à niveau salaires, fiscalité et tout le bordel ç’aurait au moins pour conséquence de ne pas inciter les gouvernements du Sud à réprimer violemment leurs peuples afin de maintenir l’avantage compétitif que représente la faiblesse du coût du travail car c’est une chose que les libre-échangistes et leurs supporters omettent : les investissements dans le Sud n’ont pas pour but de sortir le peuple de la misère puisque, précisément, le maintien de la population dans sa misère originelle est la condition de la pérennité des investissements des capitaux et entreprises du Nord (voir l’exemple de l’ALENA au Mexique). En échange de ces restrictions il suffit d’abolir la propriété intellectuelle des entreprises du Nord dans les pays du Sud, de sorte que les Etats et les entreprises puissent avoir accès au savoir scientifique et technique et en user afin de soutenir leur développement économique et l’amélioration des conditions de vie de leurs populations. On appellera ça la mondialisation coopérative et ça ne sera pas le paradis mais ça sera plus efficace que la bonnasserie hypocrite de quelques économistes qui se croient de gauche parce qu'ils pleurnichent sur le sort de cexu qui sont (nécessairement) écrasés par la mondialisation capitaliste, plus efficace aussi que les grands discours sur l'unification des confédérations syndicales mondiales qui s'avérera sans nul doute un enrichissement à terme pour les travailleurs du monde entier mais dont il ne faut pas attendre qu'elle résolve d'un coup de baguette magique les problèmes sociaux induits par la mondialisation capitaliste que défendent avec acharnement ceux qui en sont à l'abri...