Péroraisons dérisoires et vilenies absurdes d'un butor prétentieux
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Troisième partie :
Si on peut pinailler quant à la question de savoir si les inégalités de revenus progressent ou régressent (en s’armant d’une bonne dose de mauvaise foi dans le second cas) une chose est certaine : l’énormité des inégalités en matière de patrimoine, ce que l’on se place d’un point de vue générationnel ou social.
Ainsi constate-t-on que la plus grande inégalité touche les moins de trente ans qui ne disposent en moyenne que de 4 704 de patrimoine relativement aux quinquagénaires dont le patrimoine moyen atteint 150 644 euros, soit un écart de 1 à 32. Que les moins de trente ans soient les moins bien pourvus en ce domaine relève d’une certaine logique : d’une part, en raison de l’allongement de la durée de la vie, les personnes susceptibles d’hériter d’un bien entrent en sa possession de plus en plus tard ; d’autre part, ceux qui n’attendent aucun héritage n’ont pas encore eu le temps de se constituer un patrimoine immobilier ou financier, ce qui se comprend aisément. Que les quinquagénaires d’aujourd’hui jouissent d’un patrimoine supérieur aux générations précédentes ainsi qu’aux quadragénaires me semble s’expliquer par trois raisons principales : d’abord pour la même raison évoquée plus haut qui fait que l’entrée en possession de l’héritage s’allonge en même temps que la longévité (si les gens meurent entre 75 et 80 ans leurs héritiers qui sont généralement leurs enfants se trouvent fort logiquement avoir majoritairement entre 50 et 60 ans) ; ensuite, si cette génération a davantage subi les effets du chômage que la génération précédente elle a aussi davantage bénéficié de l’élévation des salaires des années soixante et soixante-dix, ce qui lui a permis d’investir un peu plus ; enfin, ces générations ont pu se constituer un patrimoine immobilier à partir des années 80 et 90, époque où les prix d’achat de maisons et d’appartements étaient moins élevés qu’aujourd’hui, tout en profitant aujourd’hui de la hausse vertigineuse des coûts de l’immobilier qui renchérit la valeur des biens acquis auparavant. Au-delà de cela le fait que ce soit justement les quinquagénaires qui jouissent du patrimoine le plus conséquent confirme le rôle pivot que joue cette génération dans l’évolution sociale de la France : elle pousse plus loin qu’aucune autre les tendances à la réduction des inégalités et à l’élévation générale du niveau de vie tout en constituant le dernier maillon de ce mouvement social qui s’est décomposé lentement après elle. Les baby-boomers représentent l’apogée du mouvement ouvrier et de la pression sociale et politique exercée par ce dernier afin d’améliorer les conditions de vie du peuple en exigeant une égalité toujours plus grande entre les classes sociales, depuis la révolte des canuts jusqu’aux accords de Grenelle. En un sens, n’est-ce pas la victoire du mouvement social ouvrier qui est à l’origine du renouveau des inégalités, ou tout du moins qui permet ce renouveau ?
La forte élévation du niveau de vie de la classe ouvrière, si elle était nécessaire et positive, recelait en elle les ferments de la décomposition du mouvement social en cela que l’enrichissement du monde ouvrier a aussi eu pour conséquence de créer de fortes inégalités à l’intérieur de cette catégorie sociale, à tel point qu’on peut légitimement se demander si envisager les ouvriers comme une catégorie sociale en tant que telle a encore un sens. De fait le patrimoine médian des ouvriers non-qualifiés se monte à 9 604 euros contre 73 108 pour les ouvriers qualifiés, les employés disposant d’un patrimoine médian de 27 440 euros, soit un écart de 1 à 8 entre ouvriers non-qualifiés et qualifiés et de 1 à 2,6 entre employés et ouvriers qualifiés. Comme on peut présumer que le patrimoine des ouvriers est lié à l’immobilier plus qu’à la finance, on voit bien comment se fissure la classe ouvrière : entre les salariés locataires et les salariés propriétaires, ce qui n’est pas sans importance notamment sur le plan spatial. En effet, comme le coût de l’accession à la propriété est plus élevée dans les villes que dans les campagnes les ouvriers qualifiés qui disposent de revenus suffisants pour acheter leur logement s’installent plus souvent dans les villages qui gravitent autour des villes alors que les ouvriers non-qualifiés trouvent plus facilement des appartements à louer en ville, notamment en logement HLM. D’où une seconde différenciation : entre une classe ouvrière qualifiée qui, accédant à la propriété, échappe à l’habitat collectif et une classe ouvrière non-qualifiée qui est exclue de l’habitat individuel. Tout cela n’est pas sans conséquence aux plans social et politique. Par beaucoup d’aspects les problèmes que vont rencontrer ces ouvriers propriétaires divergent de ceux qu’affronteront les ouvriers locataires : par exemple les socialités ne sont pas identiques selon qu’on vit dans une commune rurale ou en milieu urbain, leurs relations avec la puissance publique seront différentes et la manière dont ils envisageront en tant que corps social leurs rapports avec cette dernière divergera : ainsi les ouvriers qualifiés propriétaires penseront leurs rapports avec le pouvoir politique en solidarité avec des gens qui n’appartiennent pas à leur classe sociale (par exemple pour obtenir le maintien d’une classe ou d’une école) ce qui changera nécessairement leur vision du monde, notamment par rapport aux ouvriers non-qualifiés locataires qui vivront probablement davantage dans l’entre-soi. D’un point de vue mental le fait d’être un ouvrier non-qualifié, rémunéré au minimum et pourvu d’un patrimoine insignifiant n’est pas sans incidence puisque cela conduit souvent les individus à vivre dans l’instant présent et à adopter une attitude relativement passive quant à leur existence, alors que l’ouvrier qualifié propriétaire est bien obligé de penser à long terme, ne serait-ce que pour s’assurer qu’il dispose d’un revenu suffisant pour s’acquitter de ses remboursements, ce qui l’incite sans doute à se préoccuper davantage de se formation professionnelle et à envisager le travail non comme quelque chose qui serait donné une fois pour toutes mais comme quelque chose qui se cultive : et de fait l’accès à la formation professionnelle croît avec le niveau de qualification des personnes, de même que le niveau de participation aux élections. En outre au plan politique, quand la classe ouvrière était constituée de salariés locataires la figure du propriétaire pouvait représenter un adversaire cohérent notamment au plan fiscal mais aujourd’hui jouer sur l’opposition entre taxe d’habitation et impôts fonciers est un exercice plus délicat : on imagine mal un leader socialiste dénoncer, à la suite de Jean Jaurès il y a un siècle, la propriété foncière comme un facteur de reproduction des inégalités quand une bonne partie de l’électorat ouvrier se trouve propriétaire, de sorte que par certains côtés ses intérêts l’éloignent de ceux des ouvriers non-qualifiés et le rapprochent de catégories autrefois considérées comme privilégiées et adverses (les cadres par exemple).
En brisant en deux le monde ouvrier l’élévation du niveau de vie rend impossible l’amélioration du niveau de vie des plus faibles, qui ne peuvent guère compter sur une ascension personnelle pour améliorer leur sort : la force de la classe ouvrière résidait dans son unité, dans le front uni qu’elle opposait au patronat et aux classes dirigeantes. Le problème c’est que se référer à cette unité passée en attendant la révolution prolétarienne n’a plus de sens dès lors que la partie supérieure de la classe ouvrière, celle qui est le plus à même de se battre avec efficacité et de structurer le mouvement ouvrier, conçoit son rapport au monde du travail et à la société d’un point de vue individuel et non plus collectif. Paradoxalement la victoire du mouvement ouvrier aura aussi scellé son arrêt de mort et l’embourgeoisement des éléments les plus insérés socialement et les plus dynamiques de la classe ouvrière contribué au renouveau des inégalités ! Ce qui nourrit l’accroissement des inégalités c’est l’enrichissement des ouvriers, tout du moins d’une partie d’entre eux. Dans cette perspective on est en droit de se poser des questions quant à cette tendance chez une certaine gauche à vouloir ressusciter un mouvement social qui n’aurait plus guère de sens aujourd’hui : vouloir dépasser le capitalisme (euphémisme particulièrement hypocrite pour masquer soit un projet d’essence collectiviste soit une absence de projet, ce qui revient sensiblement au même au bout du compte) en opposant des possédants à des salariés et en voulant remettre au goût du jour une classe sociale dont les éléments les plus fragiles sont justement ceux qui se tiennent le plus à l’écart de la vie publique et des luttes politiques et sociales ne peut qu’aboutir à affaiblir encore plus ceux que l’on prétend défendre et qui ne pèsent rien à côté de cette élite ouvrière qui s’est constituée depuis les années soixante/soixante-dix. Les intérêts économiques et sociaux des ouvriers qualifiés et non-qualifiés ne sont que partiellement commun et peuvent être parfois opposés : par exemple augmenter les impôts fonciers pour taxer les « riches » revient à augmenter les impôts d’une bonne partie des ouvriers, qui se trouvent être ceux qui sont les plus qualifiés au plan professionnel et les plus impliqués au point de vue syndical et politique, ce qui fait qu’une telle mesure est impossible à mettre en œuvre parce que les « classes populaires » s’y opposeront, les « classes populaires » c’est-à-dire les groupes sociaux les plus organisés et les plus actifs parmi ces « classes » dont les intérêts rejoignent parfois ceux de classes plus élevées. Le mouvement social à l’ancienne mode ne peut que contribuer à enfoncer un peu plus les salariés les plus en difficulté, simplement parce que la classe populaire supérieure en prendra inévitablement la tête et éclipsera la classe populaire inférieure dont les intérêts peuvent s’avérer contradictoires avec les siens. Cette nostalgie pour le bon vieux temps de la lutte des classes me semble absolument inefficace au plan politique et dangereuse au plan social car, hormis instituer la classe populaire supérieure en garde-chiourme de la classe populaire inférieure, je ne vois pas à quoi cela pourrait aboutir : nous ne sommes plus à une époque où quelques-uns avaient tout et la masse n’était rien.
Ce qui n’exclut pas que subsistent des inégalités violentes au sein de la société française, comme nous le montre l’écart prodigieux qui sépare les ouvriers non-qualifiés de la catégorie dite des gros indépendants : avec 480 788 euros de patrimoine médian ceux-ci disposent d’un patrimoine 50 fois plus élevés que ceux-là. Ces inégalités sont évidemment plus importantes que celles qui séparent en deux le monde ouvrier mais ce qui importe si l’on souhaite réduire ces inégalités scandaleuses c’est de se donner les moyens politiques d’agir à cette fin, ce qui implique de prendre en compte les évolutions internes aux classes populaires et de reconnaître la réalité pour ce qu’elle est en abandonnant le radotage bien-pensant qui continue à chanter une rengaine unitaire qui est de toute façon inaudible pour tous ceux qu’elle vise à entraîner. La première étape, à mon avis qui n’a rien d’humble, si on souhaite résorber ces inégalités qui minent la société et l’économie, consiste à identifier les intérêts communs de ces classes populaires sans pour autant éluder les divergences qui les opposent, non en raison de la vilaine propagande de Jean-Pierre Pernaud mais en raison des réalités sociales diverses qu’elles vivent objectivement, c’est-à-dire à reconnaître non pas la disparition des classes sociales mais la complexification du système de classe au sein de la société française : autrefois quelques-uns avaient quasiment tout, une minorité n’avait pas grand-chose et la masse n’avait rien ce qui rendait nécessaire ce mouvement social qui m’aura permis, à moi qui suis né 5 ans (et demie) après les accords de Grenelle qui auront constitué l’apogée dudit mouvement, de connaître une existence bien plus agréable et douce que mes ascendants ; mais aujourd’hui ce mouvement est mort et enterré, se référer à lui relève de l’agitation stérile et de la masturbation intellectuelle, simplement parce que nous ne sommes plus dans la même configuration sociale : quelques-uns ont toujours énormément (et sans doute de plus en plus) mais la majeure partie jouit d’un patrimoine appréciable, seule une minorité n’a rien du tout, comme la majeure partie se trouve en porte-à-faux entre les quelques-uns et la minorité le recours au mouvement social n’est d’aucun secours à cette dernière. La deuxième étape, à mon avis qui est de moins en moins humble, consiste à ramener cette minorité au cœur de la société par le biais institutionnel, qui est le seul moyen d’améliorer sa situation et de réduire les inégalités par l’action politique : où je retombe sur une idée que je ne suis peut-être pas le seul à partager, qui envisage de substituer à la fiction universaliste de notre République qui ne voit que des individus quand il y a, avant tout, des groupes sociaux un modèle fédéraliste qui ferait de la République une association de classe sociales (ainsi que de territoires, étant donné les fortes inégalités territoriales qu’une autre fiction, celle de l’unitarisme égalitaire de l’Etat, renforce plus qu’elle ne combat) de sorte que, par exemple, les députés de l’Assemblée nationale (et des assembles provinciales et municipales) ne représenteraient plus les citoyens à proprement parler mais les classes sociales : ce qui signifie concrètement que, si on divise la société en 10 classes égales et qu’il y a 500 députés, chaque classe élit en son sein 50 députés qui la représentent à l’Assemblée nationale ; en l’état actuel des choses, comme la pauvreté monétaire rassemble un peu plus d’un dixième de la population française, cela veut dire qu’un dixième des députés seraient pauvres, chose rigoureusement impossible dans notre système faussement démocratique…
Le lien d'où j'ai tiré le noble matériau de ma considérable analyse : http://www.inegalites.fr/spip.php?article611&id_mot=129
Voici donc la deuxième partie de la chose:
J’évoquais l’évolution des inégalités par le moyen d’une grille de lecture prenant en considération les catégories sociales mais cette analyse est impropre à traduire seule l’évolution des inégalités de revenus en France. En effet, l’appartenance à une génération joue un rôle notable, notamment parce que la situation de l’emploi au moment de l’arrivée sur le marché du travail influe sur le parcours professionnel des individus sur le long terme : ceux que le hasard de la naissance fera débarquer dans une période de croissance de l’emploi auront plus de facilités à décrocher un premier emploi, les entreprises mettant dans ce cas de côté leurs exigences d’expérience professionnelle puisque elles n’ont d’autre choix que d’embaucher des gens inexpérimentés, lequel premier emploi leur permettra d’acquérir rapidement de l’expérience, et ainsi de valoriser les connaissances acquises durant leur formation en les transformant en compétences ; à l’inverse, ceux que la malchance jette dans une société touchée par une pénurie de l’emploi seront souvent contraints soit d’accepter des conditions de travail et surtout d’embauche moins avantageuse (est-ce un hasard si le stage non rémunéré a pris une telle ampleur dans notre pays où le chômage est massif, notamment pour les jeunes et les seniors, c’est-à-dire les moins productifs, les uns par manque d’expérience et les autres à cause des effets du vieillissement quand l’expérience acquise ne peut plus entièrement les gommer ?), soit de se résoudre à un déclassement dont certains parviendront peut-être à s’extraire avec le temps mais qui aura forcément des répercussions sur leur parcours professionnel.
Et de fait il est constater un accroissement prodigieux de l’écart de revenus entre les générations durant les 30 dernières années puisque en 1975 un salarié âgé de cinquante ans percevait une rémunération de 15 % supérieure à un salarié âgé de trente ans alors qu’aujourd’hui l’écart atteint 40 % ! Sans doute faut-il voir dans cette évolution l’effet du chômage de masse qui pèse logiquement sur les derniers arrivés sur le marché du travail. Cela étant ne peut-on pas envisager la chose sous un autre aspect qui tiendrait à un système social qui tend à favoriser les situations acquises et à maintenir dans leur statut ceux qui en bénéficient, d’où l’on pourrait inférer que le blocage de l’ascenseur social serait la conséquence d’une forme d’accaparement des lieux de pouvoir par les classes d’âge qui y sont parvenus avant le début de la crise sociale ? Ce qui reviendrait à dire que les générations qui sont arrivés sur le marché du travail dans les années soixante et qui ont de cinquante à soixante ans aujourd’hui monopolisent à leur profit les fonctions hiérarchiques et contribuent au renforcement des crispations sociales en interdisant aux générations qui les suivent de participer à l’exercice du pouvoir sous toutes ces formes. Au vu de l’évolution de la moyenne d’âge des députés de l’Assemblée nationale, qui est passée de 52 ans en 1997 à 57 ans en 2002, on est droit de se poser des questions ; si l’âge moyen augmente de cinq ans quand la durée d’un mandat est elle aussi de cinq ans on peut légitimement en conclure que les mêmes classes d’âge trustent ce lieu : puisque la composition politique de l’Assemblée a fortement changé entre 1997 où la gauche était largement majoritaire et 2002 où la droite est devenue largement majoritaire avec environ 400 députés, UMP et UDF confondus, ce ne sont donc pas les mêmes individus qui conservent le contrôle de cette institution mais bien une classe d’âge, des individus différents mais qui appartiennent à une même génération. Cela fournirait également un début d’explication quant à l’incapacité de la France à donner une place aux membres de ses minorités ethniques, puisque celles-ci (du moins dans les régions européennes de la France) sont surreprésentées dans les générations postérieures aux années 50. Certes il s’agit là de considérations peu réjouissantes qui portent en elles le germe de graves problèmes politiques à long terme, notamment pour ce qui touche à la survie de notre système de Sécurité sociale, sachant que les générations moins bien rétribuées qui sont nées à partir des années soixante devront prendre en charge les dépenses de retraite et de maladie des baby-boomers (qui seront nécessairement élevées vu l’importance numérique de ces générations et leurs niveaux de revenus plus élevés que celui de la génération précédente comme de la suivante) bien qu’elles seront conscientes qu’elles-mêmes ne pourront probablement pas bénéficier de largesses comparables quand leur tour viendra de quitter le marché du travail, ne serait-ce que parce que leurs revenus auront été plus faibles que ceux de la génération précédente : des considérations peu réjouissantes mais qu’il serait peut-être bon de ne pas éluder si on souhaite parer d’éventuels règlements de compte auxquelles personne n’a rien à gagner, dans une perspective de réduction des inégalités tout du moins.
(Par ailleurs, et pour ne pas accabler injustement une génération qui a quand même fait de grandes choses : abattre un ordre moral étouffant ; amener une forte augmentation du niveau des salaires et une réduction des inégalités, en tout cas en son sein ; améliorer les conditions de travail et l’application du droit du travail ; contribuer à élever considérablement le niveau d’instruction moyen ; et sans doute plein d’autres choses encore…Et puis on peut aussi poser la question qui gêne aux générations nées dans les années soixante et soixante-dix : pourquoi cette incapacité à continuer les combats sociaux menés par les générations précédentes, que les baby-boomers ont su porter au plus haut, pour leur profit mais aussi en grande partie pour le nôtre ? Dans quelle mesure ces générations ne sont-elles pas responsables, de par leur apathie, de la situation de blocage dans laquelle elles se trouvent, elles qui sont nées et qui ont grandi dans le confort et la sécurité de la société de consommation commençante ?)
L’analyse générationnelle n’est pas seulement enrichissante par la comparaison des inégalités de revenus qui existent entre les différentes générations mais aussi par l’observation de l’évolution des inégalités au sein de chaque génération. Ainsi l’on voit se confirmer la fracture générationnelle : les générations nées avant 1960 connaissent une réduction des inégalités en leur sein, celles nées après une augmentation. Pour la classe des 25/29 ans l’écart de revenus entre les 10 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches étaient de 2,7 en 1979 (les personnes nées entre 1950 et 54) alors qu’il atteint 3,1 en 1999 (celles nées entre 1970 et 74 ; il en est de même pour les classes 30/34 ans et 35/39 ans : en 1979 l’écart de revenus entre les personnes nées entre 1945 et 1949 est de 2,8, il monte brutalement à 3,5 en 1999 pour celles nées entre 1965 et 1969 ; pour les personnes nées entre 1940 et 1944 l’écart est de 3,2, il monte à 3,3 pour celles nées entre 1960 et 1964. A l’inverse pour la classe des 40/44 ans l’écart se resserre, passant de 3,6 en 1979 (les personnes nées entre 1935 et 1939) à 3,3 en 1999 (celles nées entre 1955 et 1959), pour la classe des 45/49 ans il passe de 4,2 en 1979 (les personnes nées entre 1930 et 1934) à 3,8 en 1999 (les personnes nées entre 1950 et 1954), pour la classe des 50/54 ans il passe de 4,9 en 1979 (les personnes nées entre 1925 et 1929) à 4 en 1999 (les personnes nées entre 1945 et 1949), pour la classe des 55/59 ans il passe de 5,7 en 1979 (les personnes nées entre 1920 et 1924) à 4,7 en 1999 (celles nées entre 1940 et 1944), pour la classe des 60/64 ans il passe de 5,1 en 1979 (les personnes nées entre 1915 et 1920) à 4,1 en 1999 (celles nées entre 1935 et 1939).
Ces évolutions confirment le rôle majeur joué par la période des Trente Glorieuses puisque l’on remarque que l’évolution des inégalités au sein d’une classe d’âge est corrélée à la durée de son implication dans cette période. Ainsi la diminution des inégalités de revenus représente 1 point pour les générations nées entre 1935 et 1944 qui sont arrivés sur le marché du travail entre la fin des années 40 et des années 50, et qui ont donc effectué la majeure partie de leur parcours professionnel avant le choc pétrolier de 1973 et surtout avant l’apparition du chômage de masse dans les années 80. Pour la génération suivante la diminution fléchit légèrement puisque elle n’est « que » de 0,9 point pour les personnes nées entre 1945 et 1949 ; mais elle régresse fortement pour n’être plus que de 0,4 et 0,3 point pour les générations nées entre 1950 et 1959 et qui sont arrivées sur le marché du travail à la fin des Trente Glorieuses. Enfin c’est la génération née entre 1960 et 1964 qui inaugure l’inversion du processus avec une hausse minime de 0,1 point des inégalités de revenus en son sein, or cette génération est la première à arriver sur le marché du travail après le choc pétrolier. L’impact de ce que certain économiste a nommé les Trente Piteuses sur l’évolution des inégalités au sein d’une même génération devient patent quand on constate que c’est la classe née entre 1965 et 1969 qui subit la plus forte hausse de ses inégalités avec + 0,8 point, or cette génération arrive sur le marché du travail dans les années 80 qui voit l’apparition du chômage de masse. L’analyse de ces données, si elle confirme le rôle primordial de la situation du marché du travail dans l’évolution des inégalités, tend aussi à infirmer la thèse selon laquelle les difficultés rencontrées par les générations nées après les années soixante résulterait d’une forme de domination des baby-boomers qui s’arrangeraient pour conserver leurs avantages acquis en faisant reposer le poids du chômage sur les générations suivantes. Plutôt que l’expression d’une tendance induite par une hiérarchie sociale qui se confondrait avec la pyramide des âges peut-être nous trouvons-nous là en présence d’une forme de ségrégation générationnelle, chaque classe d’âge formant un ensemble dont l’évolution professionnelle et pécuniaire suivrait une trajectoire autonome qui serait déterminée largement par les conditions d’accès à l’emploi au moment de son arrivée sur le marché du travail. Finalement on ne peut écarter le problème de l’accroissement des inégalités entre générations même s’il me semble inapproprié de dénoncer un système de domination : ne sommes-nous pas en présence de phénomènes induits par le manque de fluidité d’une société française qui, obsédée par la construction d’une impossible homogénéité culturelle du corps social, résout cette impossibilité par la ghettoïsation sociale, chaque groupe social formant une société relativement fermée qui se reproduit entre soi il devient pour lui-même « la société » de sorte que l’hétérogénéité de la société réelle devient imperceptible et le mythe d’une France homogène peut perdurer ?
Toujours est-il que les inégalités progressent au sein des générations nées à partir de 1960 ; toutefois, ne faut-il pas élargir le débat et ne pas s’enfermer dans une relation purement mécanique entre situation économique et sociale et situation des inégalités ? Les tensions politiques et les préjugés culturels n’influent-ils pas sur l’évolution des inégalités ? En effet l’accroissement des inégalités à l’intérieur des générations nées après 1960, c’est-à-dire celles qui sont nées avec la société de consommation, n’est-il pas la conséquence de l’individualisation grandissante de la société française ? Le fait que les individus ne lient plus leur destin à celui de leur classe sociale n’implique-t-il pas une moindre capacité à peser politiquement, en ce sens que la société produit toujours des hiérarchies, ce qui implique que, les individus ne disposant pas d’une égale autonomie, l’égalité factice entre les individus empêche les plus faibles de défendre et promouvoir efficacement leurs intérêts ? Ainsi la fracture générationnelle que l’on constate ne serait pas à l’origine de la fracture sociale qui existe entre les générations nées avant 1960 et celles nées après ainsi qu’à l’intérieur des classes d’âge postérieures à 1960 mais il se produirait un phénomène inverse, conséquence d’une mutation culturelle : l’affaissement de la conscience de classe dans les milieux populaires et la montée en puissance du sentiment individualiste à partir de 1960 affaiblissant les classes inférieures au plan politique, leur ôtant toute force au plan des luttes sociales, serait à l’origine de l’accroissement des inégalités dans ces générations dans la mesure où il abolit la pression sociale qu’exerçait les générations précédentes au sein desquelles la conscience ouvrière était prégnante et constituait l’arrière-plan des luttes sociales et politiques, contraignant les classes supérieures à un partage des richesses plus égalitaire.
Cette explication est moins agréable que celle qui ne voit dans l’évolution des inégalités que le produit de l’évolution du marché du travail mais il me semble qu’on ne peut la mettre de côté : pour s’en convaincre il suffit de fréquenter des ouvriers de diverses générations. Pour les générations d’avant 1960, et peut-être encore plus pour celles d’avant 1950, « ouvrier » ne désigne pas un état professionnel ni un statut social : être « ouvrier » c’est participer d’une culture, les ouvriers constituent pour ainsi dire un peuple en lui-même, un peuple qui édicte ses propres règles de morale, un peuple conscient de sa dignité et pointilleux sur ce point,ce qui explique que les gens étaient fiers d’être ouvriers et qu’ils se battaient pour défendre non pas uniquement des intérêts économiques ou des acquis sociaux mais aussi (et surtout ?) pour la reconnaissance et le respect de leur dignité collective, lequel alimentait un sentiment de dignité individuelle. Par contre pour les générations qui ont grandi à partir de 1960 « ouvrier » ne signifie plus rien ; à la conscience sociale s’est substituée une conscience liée à l’origine ethnique ou à l’orientation sexuelle et sans doute cela représente une bonne chose par certains aspects : chaque individu souhaitant s’épanouir, et pour ce faire être reconnu pour ce qu’il est par la société plutôt que de se fondre dans un moule prétendument universel, en vient à s’identifier à ceux qui partagent les mêmes problèmes de reconnaissance au sein de la société afin de peser collectivement aux niveau social et politique. Cette manière de faire et d’être constitue sans doute un moyen efficace au plan sociétal ; le problème c’est que les homosexuels, par exemple, ne forment pas une classe sociale cohérente : il y a autant de différences aux plans économique et social entre un animateur de télévision et la femme de ménage qui nettoie son bureau, que ces deux-là soient homo ou hétérosexuels.
L’évolution négative des inégalités concernant les générations postérieures à 1960 résulte probablement d’une conjonction de phénomènes : la dégradation du marché du travail, l’individualisation grandissante et la montée des revendications sociétales qui en découle, la désintégration de la conscience de classe et l’ethnicisation des rapports sociaux. Et puis, tout simplement, la dislocation objective de la classe ouvrière, que l’on peut percevoir en observant les inégalités de patrimoine entre les ménages…
Le lien où se persuader de la véracité des chiffres sur lesquels je fonde mon laïus :
http://www.inegalites.fr/spip.php?article522&id_mot=129
...l'orientation politique des uns et des autres que le jugement se forme et s'expectore, émollient ou terrible. Et pourtant le monde existe pour de vrai, pas uniquement dans les jugements que l'on émet, enfin je crois...
Première partie:
La France connaît un débat relatif à l’évolution des inégalités sociales, les uns avançant l’idée qu’elles explosent, les autres que non, il n’y a pas d’accroissement des inégalités au sein de la société française. Et qui sait, peut-être que les uns et les autres ont raison, chacun à sa façon ?
Ainsi il est vrai que l’écart de revenu (après prestations sociales et impôts) entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres s’est réduit continûment entre 1970 et 2004 ; le revenu le plus bas parmi la tranche des 10 % les plus riches qui était 4,8 fois plus élevé que le revenu le plus haut de la tranche des 10 % les plus pauvres s’est resserré durant cette période pour ne plus être que de 3,1 : évolution plus que sensible. De même, entre 1996 et 2004, et contrairement à une idée reçue, le revenu des 10 % les plus pauvres a davantage augmenté que celui des 5 % les plus riches : de + 11,1 % pour les premiers, de + 10,5 % pour les seconds. Cela étant, on ne peut se laisser berner par la douce illusion des statistiques, à plus forte raison quand elles reposent sur des comparaisons spécieuses car, de fait, une croissance relative n’a pas la même ampleur selon que la valeur absolue à laquelle elle s’applique est elle-même plus ou moins importante. Concrètement le gain de 11,1 % dont bénéficie le revenu des plus pauvres porte sur 10 327 euros soit un gain en valeur absolue de 1 150 euros ; la hausse de seulement 10,5 % du revenu des plus riches porte sur 56 264 euros soit une hausse de 5 831 euros exactement : les 0,6 points de moins en valeur relative signifient-ils encore grand-chose quand ce gain inférieur en valeur relative équivaut à une somme 5 fois plus élevée en valeur absolue ? Car c’est un fait indéniable que les plus riches gagnaient 5 euros quand les plus pauvres n’en gagnaient qu’1, c’est un fait indéniable que le revenu des 5 % les plus riches s’est accru de 4 682 euros supplémentaires par rapport aux 10 % les plus pauvres, ce qui est très loin de constituer une réduction des inégalités de revenu ! Ainsi, en valeur absolue, le revenu des plus riches a augmenté cinq fois plus que celui des plus pauvres, d’une valeur qui représente 58 % du revenu de ces derniers : la diminution des inégalités de revenus n’est donc ici qu’une illusion statistique, s’en tenir à l’analyse superficielle que j’exposais en début de paragraphe relève au mieux de la naïveté, au pire du cynisme.
Au-delà de cela on peut se poser une autre question, qui n’est pas résolue par ces chiffres et qui tient à la consommation du revenu. On peut présumer sans trop de risque d’erreur que celui qui vit avec 10 000 euros en 1996 et 11 000 en 2004 consomme la totalité de son revenu et n’épargne pas. A l’opposé celui qui vit avec 56 000 euros en 1996 ne consommait sans doute qu’une part de son revenu, la situation devant être toujours la même en 2004 lorsqu’il gagne 62 000 euros. Là encore on voit que les inégalités progressent derrière l’apparence statistique : le revenu du premier ne lui permet toujours pas d’épargner ou d’investir, ce qui le maintient nécessairement dans une certaine précarité et réduit sa capacité à concevoir des projets, c’est-à-dire à prendre en main son existence et ainsi acquérir une certaine autonomie, autrement dit à s’émanciper de l’enfermement que constitue l’aide sociale quand elle se transforme en assistance permanente. Le second, au contraire, dispose d’une capacité d’investissement qui a grandi, et donc d’une meilleure prise sur son existence, donc d’une capacité à se projeter dans l’avenir plus importante. L’écart relatif s’est resserré mais l’un est toujours contraint à s’en remettre à la charité publique pour s’en sortir et reste enfermé dans l’instant alors que l’autre peut envisager plus sereinement son avenir : le premier est toujours pauvre au sens où il n’a guère de marge de manœuvre et n’est pas maître de son existence, le second a gagné en sécurité et en liberté. Mais de cela la statistique, malgré son apparente neutralité, est incapable d’en rendre compte si l’on s’en tient strictement aux revenus.
Mais un autre constat s’impose au vu des chiffres, qui ne laisse pas d’être étonnant : si le revenu des 10 % les plus pauvres augmente de 11,1 %, le revenu des 20 % les plus pauvres n’augmentent que de 7,8 %, ce qui veut dire que la couche qui se situe juste au-dessus des 10 % les plus pauvres a connu une croissance plus faible de ses revenus que cette dernière ; cela est d’autant plus vrai que l’évolution en valeur absolue se monte à + 1 150 euros pour les dix pour cent les pauvres et à + 1 045 pour les 20 % les plus pauvres. Cette évolution signifie-t-elle que l’augmentation des revenus des catégories inférieures est liée davantage aux transferts sociaux qu’aux revenus du travail, auquel cas il y aurait effectivement un certain resserrement des inégalités de revenus, en valeur relative, mais ce resserrement serait essentiellement la conséquence d’une dépendance grandissante de ces catégories vis-à-vis de l’aide sociale ? Signifie-t-elle une accentuation des tensions au sein de cette catégorie des 20 % les plus pauvres entre les plus démunis dont le revenu augmente plus vite que celui de ceux qui sont un peu moins démunis qu’eux, ce qui implique que dans cette catégorie les revenus du travail augmentent moins vite que ceux de l’aide sociale, ce qui n’est pas sans importance au plan politique puisque cela signifie que les travailleurs les plus pauvres ont moins tiré profit que les pauvres sans emploi de l’expansion économique qui s’est produite entre 1996 et 2004. Ceci est, me semble-t-il, confirmé par la hausse du revenu des 30 % les plus pauvres (c’est-à-dire les 10 % qui se trouvent juste au-dessus des 20 % que j’évoquais ci-avant) qui se monte à + 8,2 % en valeur relative (en dessous donc de la tranche des 10 % les plus pauvres mais un peu au-dessus de la tranche des 20 % les plus pauvres) mais à + 1 331 euros en valeur absolue (soit 181 euros en plus par rapport à la tranche des 10 % les plus pauvres et 286 euros en plus par rapport à celle des 20 %). Dans la tranche de ces 30 % de Français les plus pauvres il existe bien un creusement dans la catégorie qui se situe entre 10 et 20 % relativement aux catégories des 0 à 10 % d’une part et des 20 à 30 % d’autre part. La question qui se pose alors est de savoir si cette catégorie qui voit son revenu se creuser correspond à un segment de la société qui parvient malgré les difficultés à s’insérer dans le monde du travail, qui, de ce fait, ne peut bénéficier à plein des divers dispositifs d’aide sociale mais dont le type d’emploi qu’elle occupe ne lui permet pas de disposer de revenus décents. Cela expliquerait qu’une part notable des salariés en difficulté se montre sensible au discours de Sarkozy sur la réhabilitation des revenus du travail par rapport aux revenus d’assistance, ce que la bien-pensance de gauche dénonce comme un discours « populiste » visant à diviser les « classes populaires » alors qu’il procède d’une analyse de la réalité sociale vécue par la catégorie des salariés smicards et précarisés qui ont souvent le sentiment d’être doublement les dindons de la farce, vis-à-vis des « riches » d’un côté et des « assistés » de l’autre : on peut trouver regrettable ce ressentiment mais il est compréhensible dans une société où plus personne (en tout cas pas grand monde) ne croit à ce dépassement du capitalisme auquel d’aucuns aspirent comme d’autres attendent Godot ; il est d’autant plus compréhensible quand la gauche n’a rien à leur offrir si ce n’est des promesses de plein-emploi quand leur problème n’est pas forcément l’accès à l’emploi salarié mais l’accès à un emploi digne doté d’un salaire décent.
La question posée par ce phénomène est encore rendue plus aiguë par le fait que, si l’on connaît un tassement de la croissance du revenu à la fois en valeur relative et en valeur absolue quand on passe de la tranche des 10 % les plus pauvres à celle des 20 % les plus pauvres pour retrouver une croissance croissante (si j'ose m'exprimer ainsi !) quand on prend en compte la tranche des 30 % les plus pauvres, ce phénomène ne se reproduit plus par la suite, de sorte que chaque nouvelle catégorie connaît une progression de son revenu supérieure à la précédente, que l’on raisonne en valeur relative ou absolue (il n’y a en fait que deux exceptions mais uniquement en termes relatifs et, de toute façon, dans des proportions assez faibles). Ainsi aboutit-on à une forme de dilatation des inégalités, chaque catégorie creusant un peu plus l'écart avec celles qu'elle précède tout en voyant s'éloigner les catégories qui lui sont supérieures...
Au final les inégalités sociales considérées par catégories de revenu connaissent des évolutions contrastées : si le discours sur la diminution des inégalités participent d’une intention manipulatoire (éviter la remise en cause des politiques menées depuis le fameux tournant de 1983) et que dénoncer une explosion des inégalités (de revenus) entre d'un côté des classes supérieures difficiles à cerner et de l'autre des classes populaires qui tendent à se fragmenter procède d'une démarche démagogique, il n’en reste pas moins que ce phénomène tend à se complexifier du fait de la segmentation des catégories dites populaires qui vivent des situations divergentes voire potentiellement conflictuelles. Cela étant, à ce moment, ne faut-il pas introduire une grille d’analyse distincte, qui prend en compte les générations ? La suite au prochain numéro…
Un lien pour confirmer l'existence réelle des jolis chiffres que je manipule honteusement et contrefais: http://www.inegalites.fr/spip.php?article632&id_mot=129.