Péroraisons dérisoires et vilenies absurdes d'un butor prétentieux
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La terre sacrée de nos pères, il faut mourir pour ; le grand soir qui va laver toutes les horreurs du monde, il faut mourir pour ; le tout-puissant créateur de toutes choses, il faut mourir pour. Mourir et tuer. Pour la Patrie, pour la Révolution, pour Dieu.
On meurt pour la patrie, la révolution ou le bon dieu pour la même raison : en raison de la capacité de l’un ou l’autre de ces fauteurs de barbarie à donner un sens à nos existences individuelles. On meurt et on tue parce que la vie a un sens, parce que la puissance qui délivre le sens de la vie arrache l’individu aux limites de la condition humaine, qu’elle le propulse hors de l’humanité. Le patriote, le révolutionnaire, le croyant, est investi, ou plutôt, il s’investit de cette puissance mortifère de négation de la mort. Ainsi, arraché à la contingence et à l’inanité de toute existence par l’eschatologie patriotique, révolutionnaire ou religieuse celui qui s’y vautre s’abolit en elle et du coup abolit sa propre mort : celui-là qui meurt pour la patrie, la révolution ou le bon dieu ne meurt jamais vraiment puisque il n’accordait de valeur à son existence qu’en tant qu’elle s’inscrivait dans le Sens de la vie défini par l’objet de sa foi. D’ailleurs la Patrie, la Révolution et le Créateur sont très stricts quant à la célébration de la mémoire des martyrs, célébration qui n’a jamais rien de cynique ou d’hypocrite mais qui rejoue, ad nauseam, la comédie de l’abolition de la mort en tant que finalité de toute existence.
Le Sens de la vie conduit à Magadan ou à Auschwitz, à Verdun ou au Onze septembre. Vouloir donner un sens à la vie participe de la barbarie.