Péroraisons dérisoires et vilenies absurdes d'un butor prétentieux
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Paraît-il, le multiculturalisme c'est génial, mais en quoi l'Europe serait-elle plus multiculturelle aujourd'hui qu'hier ? Par exemple l'enseignement des langues anciennes est à peu près à l'agonie partout, pendant que l'enseignement des langues vivantes se réduit de plus en plus à l'enseignement de la seule langue anglaise. Regardez la programmation des cinémas et des chaînes de télé et vous verrez pour partie des programmes nationaux (quand il y en a encore) et des programmes américains, écoutez les stations musicales de radio et vous constaterez la même chose. La réalité c'est qu'en Europe nous assistons à une régression des échanges interculturels. D'ailleurs quand un magazine pour homme demande aux Européens le classement des dix femmes les plus sexy les vainqueurs sont tous des actrices cinéma ou télé américaines; idem quand on demande aux Européennes de classer les dix hommes les plus sexy.
Par ailleurs je ne pense pas qu'il faille confondre l'immigration avec un facteur de multiculturalisme. D'abord parce que l'immigration suscite généralement de la xénophobie (quelque soit le lieu ou l'époque). Ensuite et surtout parce que les immigrés ou les ‘issus de l'immigration’ comme on dit finissent par se dissoudre dans la communauté nationale. Quand bien même une population immigrée influe sur la population du pays où elle s'installe elle finit toujours par être intégrée à la culture du pays. Si on mange autant de couscous que de cassoulet c'est parce que les pieds-noirs et les immigrés maghrébins ont emmené ce plat dans leur bagage, certes ; il n'empêche qu'au final, aujourd'hui, le couscous est un plat national français au même titre que le cassoulet.
En fait le multiculturalisme est le produit de la xénophobie et du racisme, ou plutôt son pendant dans les sociétés ouest-européennes. La survie d'une "culture" arabe en France n'est possible que parce que les « Arabes » (qui sont pour la plupart d’origine berbère !) sont construits par la société et la culture françaises comme différents, comme étrangers perpétuels, ou comme des Français mais des Français issus de l’immigration, ce qui est une manière polie et intellectuelle « de gauche » de dire qu’ils sont des étrangers. Voyez le cas Dieudonné M’Bala M’Bala, qui est d’origine mi-bretonne mi-camerounaise : personne ne le considère comme breton alors que la moitié de sa famille est bretonne, par contre en le considérant comme un Noir on le renvoie implicitement à sa moitié camerounaise. Objectivement cet homme a sans doute eu plus de rapports avec sa famille bretonne qu’avec sa famille camerounaise, culturellement il n’a sans doute aucun rapport avec sa famille camerounaise et beaucoup avec sa famille bretonne ; pourtant s’il dit « je suis Breton » tout le monde éclatera de rire alors que s’il dit « je suis Camerounais » cela semblera naturel. C’est bien la société française qui crée Dieudonné camerounais et noir, c’est elle (c’est nous ! –y compris les Dieudonné) qui lui assigne une « culture » différente alors que culturellement il n’est en rien différent d’un Dieudonné dont les deux parents auraient été des bretons émigrés dans la Région parisienne. Le jour où la société oubliera les « Arabes » ou les Noirs ceux-ci comme ceux-là disparaîtront et leurs supposées cultures avec eux ; et les partis d’extrême droite en tireront sans doute un grand profit (notons que les leaders du Front National se nomment Le Pen, Gollnich, Lang et Martinez, patronymes assez peu gaulois…).
Et pourquoi diable les individus seraient-ils porteurs de cultures simplement parce que, quelques générations auparavant, leurs ancêtres (c’est-à-dire toujours ou presque une partie de leurs ancêtres) vivaient hors de France ? D’ailleurs il y a quelques générations de cela la culture française était très différente de ce qu’elle est aujourd’hui : la culture de mes arrières-grands-parents nés au dix-neuvième siècle est aussi éloignée de la culture nationale contemporaine que l’était celle des arrières-grands-parents italiens de ma voisine, lesquels sont venus en France au début du vingtième siècle. La culture ne se transmet pas par les gênes et ma voisine est française rigoureusement de la même manière que moi, ses préjugés, comportements, idées, etc. sont celles véhiculées par la société française sans interférence aucune de ses « origines » italiennes, lesquelles ne sont plus visibles que grâce à (ou à cause de) la rigueur de l’état-civil qui empêche la francisation des patronymes étrangers.
Les hommes produisent la culture autant qu’ils sont produits par elle. Aussi, dans une société ouverte et véritablement cosmopolite, les différences culturelles tendent toujours à s’atténuer parce que les étrangers s’acculturent à la nation qui les accueille et parce que celle-ci absorbe tel ou tel apport culturel (le couscous par exemple) de ceux-là. Un Marocain qui vit pendant trente ans en France n’est plus un Marocain, plus tout à fait, de la même manière qu’un Français qui vivrait pendant trente ans au Maroc ; à la condition toutefois de ne pas être enfermé (ou de ne pas s’enfermer) dans un ghetto spatial ou mental. La culture des communautés immigrées est en fait condamnée à mort, lorsque celles-ci vivent au sein de sociétés dynamiques qui ne sont pas obsédées par leurs particularismes nationaux mais plutôt influencées par une conception universaliste de l’humanité.
Le multiculturalisme est le fruit d’une conception réactionnaire et conservatrice de la société et de l’humanité, celle qui ne voit dans les hommes que les cellules inconscientes d’une société organique, celle qui donne la primauté aux différences communautaires ou nationales sur l’universalité de la condition et de la nature humaine, celle qui, en conséquence, intime aux hommes de perpétuer indéfiniment de supposées traditions ancestrales et voue aux gémonies celui qui attente à la pureté de l’identité communautaire ou nationale. Celle que défend le Front National et, d’une certaine manière, notre nouveau président de la République Nicolas Sarkozy.
Au multiculturalisme et au particularisme je préfère le cosmopolitisme et l’universalisme, à la Kultur qui est une prison la culture qui élargit l’horizon.
Les parachutes en or que s’octroient, avec l’ignominieuse complicité de leurs actionnaires, les présidents de grande entreprise représentent un scandale, une injure adressée aux bons salariés ou travailleurs. Qu’est-ce qu’ils sont méchants, les grands patrons ! Et cupides et rapaces ! Avec ça qu’ils te licencient plein d’honnêtes salariés ou travailleurs juste pour que leurs actionnaires engraissent un peu plus et leur rendent au centuple. C’est très mal de gagner des sous sur le dos des autres gens, honnêtes en plus : mais pourquoi donc serait-ce mal ? Pourquoi empêcherait-on les patrons de s’en foutre plein les poches sur le dos des salariés ou travailleurs ?
S’il s’agissait d’agir au nom d’une redistribution plus juste des profits, s’il s’agissait de lutter contre les abus de pouvoir des actionnaires, je n’aurais rien à y redire. Mais la proposition du président (de la République) à l’endroit des avantages des présidents (de grande entreprise), laquelle vise à interdire les fameux parachutes qui choquent les salariés ou travailleurs honnêtes, relève de la démagogie victimaire la plus abjecte. Il n’appartient pas à l’Etat de rendre illégales des procédures de rétribution abusives auxquelles l’engeance patronale et actionnariale aura élaboré un substitut avant même que la loi les proscrivant paraisse au Journal officiel. Je ne vois pas d’autres expressions pour qualifier ce genre de proposition que celles d’agitation stérile et de manipulation anti-démocratique, agitation et manipulation dont l’évidente inefficacité renforcera l’idée déjà très répandue dans l’opinion publique que le politique ne peut agir sur l’économique, que celui-ci domine toujours celui-là, en fin de compte que la démocratie est une pantalonnade et un jeu de dupes.
C’est à la société d’intervenir, c’est-à-dire aux salariés ou travailleurs, ces innocentes victimes de la méchante engeance. C’est aux salariés qu’il appartient d’arrêter de se laisser tondre comme des moutons ; c’est à eux de cesser de geindre et de pleurnicher sur leur propre sort. C’est à eux d’agir et de se mobiliser contre ce qu’ils jugent indignes dans le fonctionnement des entreprises. A moins que les protestations véhémentes contre les parachutes en or de leurs patrons ne soient, chez les salariés ou travailleurs, que l’expression d’une envie hypocrite et un peu honteuse. Qu’est-ce qui choque véritablement les salariés ou travailleurs, que leurs patrons s’attribuent parfois des émoluments énormes autant qu’indus à l’occasion d’un départ éventuellement précipité, ou que leur propre médiocrité replète leur interdise de se battre contre ce qui les indigne quand aucune puissance extérieure ne retient leurs bras vengeurs ?
La terre sacrée de nos pères, il faut mourir pour ; le grand soir qui va laver toutes les horreurs du monde, il faut mourir pour ; le tout-puissant créateur de toutes choses, il faut mourir pour. Mourir et tuer. Pour la Patrie, pour la Révolution, pour Dieu.
On meurt pour la patrie, la révolution ou le bon dieu pour la même raison : en raison de la capacité de l’un ou l’autre de ces fauteurs de barbarie à donner un sens à nos existences individuelles. On meurt et on tue parce que la vie a un sens, parce que la puissance qui délivre le sens de la vie arrache l’individu aux limites de la condition humaine, qu’elle le propulse hors de l’humanité. Le patriote, le révolutionnaire, le croyant, est investi, ou plutôt, il s’investit de cette puissance mortifère de négation de la mort. Ainsi, arraché à la contingence et à l’inanité de toute existence par l’eschatologie patriotique, révolutionnaire ou religieuse celui qui s’y vautre s’abolit en elle et du coup abolit sa propre mort : celui-là qui meurt pour la patrie, la révolution ou le bon dieu ne meurt jamais vraiment puisque il n’accordait de valeur à son existence qu’en tant qu’elle s’inscrivait dans le Sens de la vie défini par l’objet de sa foi. D’ailleurs la Patrie, la Révolution et le Créateur sont très stricts quant à la célébration de la mémoire des martyrs, célébration qui n’a jamais rien de cynique ou d’hypocrite mais qui rejoue, ad nauseam, la comédie de l’abolition de la mort en tant que finalité de toute existence.
Le Sens de la vie conduit à Magadan ou à Auschwitz, à Verdun ou au Onze septembre. Vouloir donner un sens à la vie participe de la barbarie.